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Les fuites d'un PPP

le 26 mars 2008 4 h 12
 

«Ce sera plus solide, plus rapide et mieux fait», clamait Monique Jérôme-Forget lorsqu’elle vantait les prétendus mérites des réalisations en partenariats public-privé (PPP). Ça ne semble pas être exactement le cas du nouveau centre sportif de Sherbrooke. À cause des fuites importantes, la patinoire a même été fermée pendant quelques jours pour procéder au déneigement et au déglaçage du toit. Des drains et quantité insuffisante et mal installés seraient la cause des problèmes de structure. Une situation d’autant plus inquiétante lorsqu’on se rappelle que la même firme privée, Axor, est responsable de la construction du futur centre d’entraînement du Canadien qui s’est effondré à Brossard le 25 février dernier.

Voici l’intervention effectuée la semaine dernière par le syndicat des cols bleus de Sherbrooke pour souligner les risques et les pièges inhérents des projets en PPP :

À deux reprises au cours de la semaine dernière, l’actualité a illustré pour nous ce que nous nous évertuons à clamer depuis des mois : la ville de Sherbrooke a commis une grossière et très coûteuse erreur en construisant le centre multisports Rolland-Dussault en PPP avec Axor.

À Brossard d’abord, la structure du centre d’entraînement du club de hockey Canadien, en cours de construction par Axor, s’est effondrée comme un château de cartes. Puis quelques jours plus tard, le toit du centre Rolland-Dussault s’est mis à couler, au point où les activités de l’aréna ont du être interrompues et des employés municipaux appelés d’urgence pour débloquer les drains de la toiture. Il semble qu’Axor ait oublié que la neige et la glace glissent … sur un toit de tôle et que Sherbrooke est une ville où les quantités de neige annuelles sont particulièrement importantes. Comme le toit de la section soccer est plus haut que celui de l’aréna, ce qui s’y trouvait a glissé pour aller bloquer les drains de l’aréna, avec les conséquences que vous savez. Ce nouvel épisode s’ajoute aux nombreuses fissures des nouveaux gradins de béton de l’aréna. En principe, Axor doit remettre le centre Rolland-Dussault à la ville de Sherbrooke dans 40 ans. Qu’en restera-t-il?

Ce qui choque dans cet épisode, c’est l’attitude d’Axor à l’égard de la sécurité des utilisateurs du centre. La compagnie a adopté une attitude ironique et quelque peu condescendante envers le représentant syndical qui a sonné l’alarme, Mario Fontaine. Elle a ensuite soutenu que la situation ne présentait aucun danger. Le centre Rolland-Dussault a même été rouvert pendant quelques heures, le temps de permettre la tenue d’un match de hockey devant quelques caméras. A-t-on ainsi mis la sécurité des jeunes joueurs en danger pour une question d’image, de relations publiques? La question se pose puisque aussitôt le match terminé les portes se sont closes et le resteront pour plusieurs jours. Depuis vendredi dernier, des équipes de déglaçage se succèdent sur le toit pour briser les 30 centimètres de glace qui s’y sont accumulés. Mais il n’y avait aucun danger, clamait Axor. Quelle crédibilité devra-t-on désormais accorder aux représentants de cette compagnie lorsqu’il sera question de sécurité au centre Rolland-Dussault?

Axor et la ville affirment depuis le début de ce projet qu’il s’agit d’une application du principe de l’utilisateur-payeur. Les analyses que nous avons réalisées démontrent pourtant bien que rien n’est plus faux. Si faux en fait que les sherbrookois paieront 3 fois le coût du centre à même leurs taxes, pour aboutir avec une structure dont ils ont d’excellentes raisons de douter. La ville a en effet garanti un taux d’utilisation minimal et s’est engagée à louer des locaux dont le loyer augmentera constamment au fil des années. Nous savons maintenant que les utilisateurs potentiels du centre le boudent entre autres en raison des tarifs trop élevés. La sécurité deviendra peut-être un nouveau motif d’hésitation. Les terrains de soccer ne sont utilisés qu’à 40 pour cent. À ce rythme, c’est l’ensemble des contribuables de Sherbrooke qui assumeront à peu près seuls la facture. Qui d’entre vous aurait signé pareil contrat?

Il nous apparaît clair que la ville aurait dû, et devrait désormais, conserver le plein contrôle sur ses constructions, afin d’éviter que des entrepreneurs avides de réaliser le maximum de profits ne tirent avantage d’un contrat déséquilibré où les obligations de l’un dépassent largement les responsabilités de l’autre.

Un PPP est un contrat où vous n’avez plus rien à dire sur la qualité des matériaux ou les méthodes de construction une fois que votre signature y est apposée. L’entrepreneur a tout le loisir de rogner à qui mieux-mieux afin de gonfler sa marge. Voyez ce que ça donne à Sherbrooke. Attendez-vous maintenant à ce que des poursuites s’ajoutent à la facture déjà trop salée de ce centre qui aurait dû être construit sous la supervision de la ville, et conformément aux normes de sécurité les plus élevées. Nous n’aurions pas aujourd’hui l’impression de jouer dans un centre sportif en papier d’aluminium…

Le syndicat des cols bleus de la ville de Sherbrooke.