Ce profil a pour but d’offrir aux membres du SCFP des renseignements de base sur le secteur dans lequel ils travaillent, et ce, dans une perspective nationale.

Les 22 300 employés de bibliothèque affiliés au SCFP fournissent des services de première ligne dans tout le pays. Environ 12 200 d’entre eux sont membres d’une des 116 sections locales regroupant les employés des bibliothèques publiques, tandis que les autres appartiennent à des sections locales de d’autres secteurs (municipalités, universités, collèges et écoles).

Les membres sont surtout bibliothécaires, commis de bibliothèque, techniciens-archivistes et pages. Ce sont des femmes en très grande majorité (85 pour cent). Douze pour cent des membres sont racisés.

De nombreux employés de bibliothèque occupent un poste occasionnel ou à temps partiel. Le SCFP représente 80 pour cent de tous les employés de bibliothèque syndiqués au Canada. La majorité d’entre eux sont en Ontario, au Québec et en Colombie-Britannique, mais nous avons des membres dans presque toutes les autres provinces.

Financement

Les bibliothèques sont financées par les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux. Les municipalités sont les principaux bailleurs de fonds, avec des investissements plus importants que le fédéral et les provinces mis ensemble. Le fédéral finance uniquement les bibliothèques nationales. Les provinces et les territoires financent les biblio­thèques publiques, scolaires, universitaires et collégiales.

Le financement fédéral a varié beaucoup au fil des ans. On l’a réduit sévèrement depuis une dizaine d’années. Le fédéral a réduit de beaucoup la main-d’œuvre, en plus de fermer plusieurs bibliothèques de ministères. Ces fermetures ont signé la fin des prêts entre bibliothèques à partir des collections, en plus de menacer la survie de documents irremplaçables et d’entraîner le départ de chercheurs expérimentés.

Les budgets provinciaux et municipaux n’ont pas été épargnés. En 2013, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a diminué de beaucoup l’enveloppe déjà insuffisante des bibliothèques. Plus récemment, il annonçait la fermeture de 54 bibliothèques pour économiser moins d’un million de dollars. Près de 60 femmes, surtout en région rurale, pourraient perdre leur emploi. La section locale 2329, qui représente les employés de bibliothèque de la province, et le SCFP-Terre-Neuve-et-Labrador ont obtenu un moratoire sur les fermetures de bibliothèques, jusqu’à ce que le gouvernement complète un examen du réseau. Cet examen devrait être terminé à l’automne 2016.

À Toronto, le budget des bibliothèques a été gravement menacé. En 2011, la ville a essayé de réduire l’enveloppe de dix pour cent, mais la campagne de riposte de la section locale 4948 a permis de réduire la portée des compressions, et même d’obtenir une majoration budgétaire en 2014.

Enjeux

La montée du travail précaire

Le travail précaire (postes temporaires, occasionnels, à temps partiel ou à forfait) est extrêmement répandu dans le secteur. Les employés des bibliothèques publiques sont plus susceptibles d’occuper un emploi précaire, au même titre que les employés des lignes aériennes, des services sociaux, des soins de santé et des soins de longue durée. L’enquête de 2014 menée auprès des membres du SCFP a permis d’apprendre que c’est parmi les employés des conseils de bibliothèque qu’on trouve la plus forte proportion de postes permanents à temps partiel : 46 pour cent. Et 70 pour cent des commis de bibliothèque travaillent à temps partiel. Plusieurs employés doivent travailler pendant de nombreuses années avant d’obtenir un poste à temps plein.

Beaucoup d’employés à temps partiel doivent cumuler plus d’un emploi pour boucler leurs fins de mois. Ils ont de la difficulté à assurer la coordination avec leurs autres emplois ou à équilibrer travail et famille, en raison des quarts fractionnés et de leurs horaires variables. D’ailleurs, il est difficile d’attirer des jeunes dans ce secteur avec si peu de postes à temps plein. La montée du travail précaire a aussi des répercussions sur la qualité et l’étendue des services.

Santé et sécurité

La santé et la sécurité du travail demeurent préoccupantes. Un sondage du SCFP-C.-B. auprès de plus de 500 employés de bibliothèque a permis d’apprendre que ceux-ci « sont témoins de menaces verbales, d’usagers en état d’ébriété, de consommation de drogues, de vols et de consultation de matériel explicite » et qu’ils doivent intervenir dans bon nombre de cas. Plus de 65 pour cent des répondants affirment être exposés à des risques biologiques, comme des excréments, de l’urine, des seringues usagées et des punaises de lit.

Les bibliothèques publiques comptent parmi les derniers lieux publics sécuritaires à être ouverts à tous. Elles servent de havre de paix pour les personnes souffrant de maladie mentale, les toxicomanes et les sans-abris. Les employés doivent intervenir quotidiennement auprès de personnes vulnérables et marginalisées. Ils doivent accomplir des tâches plus communément associées au travail social, alors qu’ils ont souvent très peu ou pas de formation dans la résolution de conflit.

Il arrive que la situation se détériore et que l’employé subisse de la violence physique ou verbale et du harcèlement. Les employés de bibliothèque sont particulièrement vulnérables lorsqu’ils travaillent seuls.

De plus, plusieurs bibliothèques sont situées dans des bâtiments âgés ou mal entretenus. L’air y est souvent de mauvaise qualité. On y trouve des moisissures, de l’amiante et des gaz dégagés par la décomposition des microfilms et des films.

Innovations technologiques

L’identification par radiofréquence (RFID), un code-barres électronique qui sert à suivre le déplacement des livres, DVD, CD et autres documents bibliothécaires, menace le travail des employés de bibliothèque, parce qu’elle permet aux usagers d’enregis­trer leurs prêts et leurs retours sans l’aide d’un employé.

D’abord introduite comme un outil pour faciliter le travail des employés, la RFID est de plus en plus utilisée pour éliminer des postes et réaliser des économies. La Bibliothèque du district Vancouver-Nord a commencé à offrir cette technologie dans l’ensemble de son réseau en 2009. Celle-ci sera généralisée à l’ensemble des succursa­les de la Bibliothèque publique d’Ottawa en 2017. Enfin, la Bibliothèque de Halifax a commencé à l’implanter en 2013.

La bibliothèque, un centre communautaire

La bibliothèque fait souvent office de carrefour communautaire. Ses salles de réunion servent aux organismes communautaires. Son personnel anime des activités éduca­tives et des clubs de lecture. Ses ordinateurs publics sont si populaires qu’on fait la queue pour les utiliser. On y trouve des services aux aînés, de l’aide à l’emploi, des cours de langues et d’alphabétisation, de l’aide à la préparation de l’examen pour l’obtention de la citoyenneté, ainsi que de l’aide à la rédaction d’un curriculum vitae pour les nouveaux arrivants.

Après la récession de 2008, la fréquenta­tion des bibliothèques a bondi : les gens cherchaient du travail, parfaisaient leur formation ou s’y rendaient simplement pour trouver un havre de paix.

Privatisation et réorganisation

La privatisation affecte les bibliothèques de diverses manières. La sous-traitance des services bibliographiques (commande, traitement, matériel de catalogage, technologie) est une menace courante.

L’enregistrement des prêts et des retours en mode libre-service est également répandu. Il entraîne la perte de postes et l’érosion d’une culture du service de première ligne appréciée de la clientèle. Cette culture est aussi mise à mal par les entrepreneurs privés qui ont tendance à tourner les coins ronds, à réduire le personnel et à exercer une pression à la baisse sur les salaires et les avantages sociaux.

Les partenariats public-privé (PPP) constituent une nouvelle menace. La Ville d’Ottawa envisage un PPP pour la nouvelle succursale principale de sa bibliothèque publique. Le conseil de bibliothèque étudie douze emplacements potentiels, certains appartenant au secteur public et d’autres au privé.

À Coquitlam, en Colombie-Britannique, les 70 membres de la section locale 561 ont lancé une campagne pour convaincre le conseil municipal et la direction de la bibliothèque d’annuler un plan de réorganisation de 800 000 dollars. Ce plan créerait six postes de direction. La section locale affirme qu’on ferait mieux de dépenser cette somme en livres et en ressources.

Négotiations

La plupart des sections locales du secteur des bibliothèques négocient directement avec l’employeur. Dans certaines régions, la stratégie de négociation inclut une section locale éclaireuse ou la coordination limitée. Par exemple, dans le Grand-Vancouver, les bibliothèques ont négocié une entente salariale régionale, puis chaque section locale a négocié ses avantages sociaux et ses clauses normatives. Les hausses salariales négociées demeurent très modestes dans le secteur, soit moins de deux pour cent.

On se souviendra de l’été 2016 comme de l’été des conflits de travail dans les bibliothèques ontariennes. Fin juin, les quelque 60 membres de la section locale 2974 dans le comté d’Essex ont débrayé parce que l’employeur exigeait de réduire les congés de maladie de moitié. Les employés des bibliothèques publiques sont déjà les moins susceptibles de disposer de congés de maladie payés.

À Mississauga, 390 membres de la section locale 1989 ont fait la grève pendant trois semaines en juillet. Leur nouveau contrat de travail hausse le salaire des pages, qui passe d’un salaire avoisinant le salaire minimum à 15 dollars l’heure. Les pages forment près de 30 pour cent de l’effectif de cette section locale. Les membres ont aussi obtenu des améliorations pour les employés à temps partiel, qui représentent
plus de la moitié de la main-d’œuvre.

La tendance vers la déprofessionnalisation et l’abaissement des compétences est un enjeu qui gagne en importance à la table de négociations. Sous prétexte de flexibilité (réorganisation du travail et allongement des heures d’ouverture), on confie aux classes d’emploi moins bien rémunérées les tâches assumées habituellement par les classes mieux rémunérées.

Pour régler un problème semblable, la section locale 2202 de Kingston (Ontario) a négocié une clause qui fait en sorte que les stagiaires s’ajoutent à la dotation normale en personnel, au lieu de se substi­tuer à un employé. Cet article protège la sécurité d’emploi tout en assurant aux stagiaires une meilleure formation.

Régimes de retraite

Selon les dernières données sur les membres des sections locales du SCFP représentant seulement les employés des bibliothèques publiques, 92 pour cent de ces membres ont accès à un régime de retraite enregistré, à prestations déterminées dans la plupart des cas.

Les employés de bibliothèque à l’emploi des écoles, des universités, des collèges et des municipalités ont plus facilement accès à un régime de retraite que ceux œuvrant pour des organisations sans but lucratif.

La plupart des occasionnels et des temps partiels sont exclus des régimes de retraite ou doivent satisfaire à des exigences élevées pour y avoir droit. Cette exclusion affecte durement le personnel des plus petites bibliothèques, où travaillent surtout des employés à temps partiel.

Alliés

Le SCFP a tissé des liens avec plusieurs alliés afin de promouvoir et de protéger les bibliothèques. À Terre-Neuve-et-Labrador, il a participé à un projet pilote d’alphabétisation en bas âge impliquant le gouvernement et des organismes communautaires. Les membres de la section locale 2329 ont animé 12 séances de jeu et d’alphabétisation pour parents, soignants et leurs enfants de moins de trois ans.

À Toronto, la section locale 4948 fait énormément de sensibilisation populaire sur le budget municipal. Chaque année, elle anime un kiosque à la foire nationale du livre et de l’alphabétisation Word on the Street, pour parler de sa lutte contre les compressions avec les 250 000 visiteurs de cet événement. Son kiosque de prise de photos avec lunettes de bibliothécaire connaît un vif succès.

Le SCFP œuvre aussi auprès de l’Association canadienne des bibliothèques, afin de mieux répondre aux besoins des employés de bibliothèque.