Réponse du SCFP au projet d’élimination de la retraite obligatoire
le 22 mars 2005 3 h 59Introduction
Les membres du SCFP croient que les travailleurs et les travailleuses ont le droit fondamental de prendre leur retraite dans la dignité et avec une certaine sécurité financière. Nous sommes fiers du travail que nous avons accompli pour atteindre cet objectif.
Les efforts constants que nous avons déployés pour assurer une bonne retraite à nos membres ont nécessité une action politique. Nous avons obligé les gouvernements à établir des régimes de retraite adéquats, comme le Régime de pensions du Canada et le Régime des rentes du Québec. Nous avons également utilisé notre force de négociation collective pour obtenir de nos employeurs de bons régimes de retraite au travail. Ces efforts ardus s’inscrivent dans un projet à long terme, dont nous savons très bien qu’il est loin d’être terminé. Avec seulement 40 % des travailleuses et travailleurs qui sont protégés par un régime de retraite au travail, et beaucoup (surtout des femmes célibataires) qui se retrouvent dans la pauvreté à leur retraite, il nous reste bien du pain sur la planche.
Les attaques lancées dernièrement contre les régimes de retraite
Malheureusement, depuis quelques années, nous assistons à des contre-attaques féroces menées par des employeurs et des gouvernements bien décidés à éliminer les gains que nous avons obtenus de haute lutte. Le Régime de pensions du Canada (RPC) a subi une réduction significative de ses prestations pour la première fois en 1998, et le gouvernement fédéral a menacé de hausser l’âge de la retraite à 70 ans. Dans le budget fédéral de 1996, le ministre des Finances d’alors, Paul Martin, annonçait que le programme quasi-universel de Sécurité de la vieillesse (SV) serait remplacé par un plan d’aide sociale basé sur le revenu – mais il a renoncé à son projet deux ans plus tard devant l’immense tollé soulevé par ce plan.
Les employeurs réagissent aux récentes baisses des marchés financiers en lançant des attaques sans précédent contre nos régimes de retraite au travail. Beaucoup de ces régimes sont passés à une situation de sous-capitalisation à cause surtout d’une combinaison de faible rendement à l’investissement et de faibles taux d’intérêt. Une étude menée récemment signalait que 39 des 49 plus importants régimes de retraite d’entreprise étaient sous-capitalisés, avec des manques totalisant quelque 14 milliards de dollars. La situation est tout aussi navrante dans le secteur public. Les employeurs réagissent en essayant d’éliminer les dispositions actuelles en matière d’indexation, de retraite anticipée et de prestations d’invalidité. Certains tentent même d’éliminer carrément leurs régimes de retraite et de les remplacer par des REER inférieurs, plus risqués et plus incertains.
La retraite obligatoire est présentée comme une solution
Le gouvernement libéral de l’Ontario a annoncé dernièrement qu’il mettrait fin à la retraite obligatoire et qu’il amorcerait un processus pour mettre en oeuvre ce changement. Le gouvernement soutient que les Ontariennes et Ontariens plus âgés veulent continuer d’occuper un emploi rémunéré et que les immigrants récents et les femmes doivent travailler plus longtemps car ils sont incapables d’atteindre la sécurité financière avant l’âge de 65 ans. L’opposition à la retraite obligatoire vient également de celles et ceux dont l’avenir financier est assuré et qui occupent des emplois peu exigeants physiquement. La solution du gouvernement est de « donner le choix aux gens… quant au moment où ils veulent prendre leur retraite ».
En réalité, l’élimination de la retraite obligatoire ne donnera pas vraiment aux travailleuses et travailleurs la liberté de choisir. Permettre aux gens de travailler plus longtemps parce que ce n’est qu’ainsi qu’ils pourront survivre ne contribuera pas à élargir les choix des travailleurs en matière de retraite. Au contraire, avec l’élimination de la retraite obligatoire, les travailleuses et travailleurs sans régime de retraite adéquat (dont un très grand nombre sont des femmes et des immigrants) n’auront jamais le choix de prendre leur retraite.
L’autre réalité, c’est que le travail que font la plupart des membres du SCFP est physiquement exigeant et mentalement stressant et qu’il s’effectue souvent dans des lieux de travail malsains et dangereux. Les travailleuses et travailleurs plus âgés ne veulent pas d’un travail qui exige de lever des objets lourds ou de faire de longues heures dans des situations très stressantes. Continuer de travailler plus longtemps dans ces conditions n’est pas un substitut à la qualité de vie que pourrait leur procurer un revenu de retraite suffisant. Rien ne montre qu’un grand nombre de travailleuses et travailleurs veulent continuer de travailler plus longtemps.
La prochaine étape des gouvernements sera de hausser l’âge « normal » de la retraite. Avec chaque année de retraite retardée au-delà de l’âge « normal » établi, des milliards de dollars de coûts de pension et de passif seront éliminés, tant pour les gouvernements que pour les employeurs. Les États-Unis ont déjà modifié leur système de sécurité sociale pour faire passer graduellement l’âge de la retraite à 67 ans. L’âge de la retraite à 70 ans – comme on l’a récemment envisagé dans la liste des compressions possibles au RPC – deviendra ensuite la cible.
En outre, l’élimination de la retraite obligatoire et l’augmentation de l’âge de la retraite feront diminuer les possibilités d’emploi pour les jeunes chômeuses et chômeurs d’aujourd’hui. Les gouvernements et les employeurs ne subiront plus de pression pour former et recruter de jeunes travailleuses et travailleurs.
La retraite obligatoire ne garantit pas un revenu de retraite suffisant aux travailleuses et travailleurs. Mais sans retraite obligatoire, les gouvernements et les employeurs nous demanderont toujours de travailler plus longtemps afin de ne plus avoir à fournir de régimes de retraite adéquats. Le SCFP soutient que le droit individuel d’une travailleuse ou d’un travailleur de ne pas prendre sa retraite affaiblirait le droit de la très grande majorité de nos membres de prendre leur retraite à un moment bien choisi et en étant capable de compter sur une certaine sécurité financière. Notre position est basée sur les principes qui s’appliquent lorsque nous faisons respecter les règles relatives aux heures de travail, comme les heures supplémentaires. En outre, il faut préciser que les dispositions relatives à la retraite obligatoire n’interdisent pas aux gens de travailler après un certain âge. Ces dispositions ne s’appliquent qu’à un lieu de travail ou à un régime de retraite particuliers.
La retraite obligatoire n’est pas le vrai problème
Les employeurs et les gouvernements insistent sur la retraite obligatoire. Mais pour les travailleuses et les travailleurs, le problème n’est pas là. La très grande majorité des membres du SCFP préféreraient prendre leur retraite plus tôt, et non plus tard. Les membres du SCFP veulent pouvoir choisir l’âge auquel ils prendront leur retraite, mais ils n’auront de véritable choix que s’ils peuvent compter sur un système de retraite solide et complet, sur une approche globale en matière de formation et de recrutement des jeunes travailleuses et travailleurs et sur des protections contre les congédiements fondés sur l’âge. Par conséquent, en réponse aux demandes d’élimination de la retraite obligatoire, le SCFP propose plutôt ce qui suit :
- une amélioration significative des prestations du RPC et de la SV;
- l’augmentation des suppléments provinciaux aux faibles revenus, suffisante pour éliminer la pauvreté à la retraite;
- l’obligation pour tous les grands employeurs d’offrir des régimes de retraite à prestations déterminées à tous leurs employés et employées, incluant ceux qui sont à temps partiel;
- l’inclusion, dans les lois provinciales sur la retraite, de la pleine indexation et de meilleures prestations de survivant;
- l’amélioration de la reconnaissance de la formation et de l’expérience de travail acquises à l’étranger afin que les travailleuses et travailleurs immigrants puissent se trouver un emploi plus facilement;
- la modification de toutes les lois sur les normes en matière d’emploi de façon à exiger des motifs raisonnables pour tout congédiement;
- l’engagement pris par tous les gouvernements de respecter les principes des normes minimales du travail et d’équité salariale afin que le revenu de retraite (basé sur les gains) soit adéquat.

