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Le dernier rapport de l’entreprise indépendante est truffé de fausses informations

En mai, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a publié un rapport dont la méthodologie est douteuse et les conclusions erronées. Le président national du SCFP, Paul Moist, remet les pendules à l’heure dans cette lettre ouverte publiée dans le Vancouver Sun du 4 juin (en anglais).
  

On ne réparera pas les nids de poule en attaquant les employés municipaux

Les villes et les villages du pays font face à un défi de taille. Les ponts, routes, aqueducs, égouts et centres communautaires que nous utilisons au quotidien ont grandement besoin d’être réparés ou remplacés. Le déficit dans les infrastructures canadiennes dépasse les 120 milliards de dollars. On arrivera à résorber cette crise nationale uniquement si tous les paliers de gouvernement (municipal, provincial et fédéral) s’y attaquent ensemble.

Or, certaines personnes souhaitent saboter les pistes de solution, comme en fait foi le dernier rapport provenant de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Publié en mai, ce rapport intitulé De grandes villes dépensières prétend que les dépenses municipales sont démesurées, en raison des salaires, des avantages sociaux et des retraites des employés municipaux. Et que c’est à cause de ces salaires exagérés que nos infrastructures tombent en ruine.

Or, ce rapport de la FCEI souffre d’une méthodologie douteuse qui tente de maquiller la désinformation en recherche. On ne parle pas ici d’une question d’opinion ou de l’interprétation viciée de données nuancées. Non : chaque affirmation qu’avance ce rapport est tout simplement fausse.

La principale pièce à conviction de ce rapport consiste à dire que les dépenses des gouvernements municipaux ont augmenté de 55 pour cent (corrigé en fonction de l’inflation) entre 2000 et 2011, une hausse supérieure au taux de croissance de la population, qui a été de 12 pour cent dans la même période.

Cet argument est peut-être frappant, de quoi faire les grands titres des journaux, mais il est inutilisable pour asseoir les conclusions de ce rapport.

On devrait plutôt mesurer les dépenses gouvernementales comme part de l’économie, du PIB. Ce qui permet de constater que les dépenses municipales, exprimées en pourcentage de l’économie, sont à leur niveau le plus bas des 30 dernières années.

La FCEI a utilisé l’an 2000 comme point de comparaison, parce que les dépenses municipales ont été particulièrement faibles cette année-là.

La faiblesse la plus évidente du rapport de la FCEI réside dans la comparaison entre dépenses et salaires. Quelle que soit la mesure utilisée pour exprimer les dépenses, ce ne sont pas les salaires qui font gonfler les dépenses municipales. D’ailleurs, alors que ces dépenses sont demeurées stables en tant que pourcentage du PIB, la rémunération dans le secteur municipal a baissé de 23 pour cent.

En fait, le salaire moyen versé par les municipalités à leurs employés a augmenté plus lentement que le salaire moyen au Canada, se maintenant à peine au-dessus du taux d’inflation.

Le salaire hebdomadaire moyen versé par les gouvernements locaux, municipaux et régionaux est passé de 622,67 $ en 1991 à 952,86 $ en 2012, soit une augmentation annuelle composée de deux pour cent (à peine plus que le taux d’inflation moyen pour cette période, 1,9 pour cent). Cela donne 49 549 $ en moyenne pour les salariés en 2012. Les employés des gouvernements locaux rémunérés à l’heure ont touché beaucoup moins en 2012 : environ 40 000 $ en moyenne.

Dans un contexte de chômage élevé, particulièrement parmi les jeunes, et d’une précarité croissante de l’emploi pour de nombreux travailleurs canadiens, ces emplois sont bien rémunérés, c’est vrai. Cela dit, ils sont loin d’être généreux ou exagérés, comme le prétend la FCEI.

Pour être juste, soulignons que, dans ce rapport, la FCEI retire son affirmation antérieure voulant que les salaires dans le secteur public soient largement supérieurs aux salaires dans le secteur privé – affirmation démentie avec brio par l’économiste du Syndicat canadien de la fonction publique, Toby Sanger, dans son analyse La lutte des salaires. Si, à travail égal, les salaires moyens sont légèrement supérieurs dans le public que dans le privé (0,5 pour cent), cet écart s’explique presque entièrement par une meilleure équité salariale pour les femmes au public.

Il est évident que le problème ne vient pas des employés municipaux.

Après plusieurs décennies de compressions dans les programmes fédéraux et provinciaux, les gouvernements municipaux sont contraints d’assumer les coûts des services publics essentiels, comme le logement social et les garderies. En plus, le gouvernement conservateur de Stephen Harper met beaucoup de pression afin qu’ils privatisent leurs services publics, par le truchement de partenariats public-privé risqués, pour toucher de l’aide fédérale aux infrastructures.

Voilà les vrais problèmes des gouvernements municipaux, et les confondre et les obscurcir par la désinformation cynique n’aidera personne. En fait, c’est un mauvais service à rendre à la petite entreprise et aux économies locales qui ont besoin des infrastructures et des services publics.