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Depuis deux décennies, les gouvernements canadiens et les financiers de Bay Street mènent une expérience idéologique en se servant de notre économie comme cobaye.  Leur hypothèse : la seule façon de gérer les finances publiques est de sabrer les dépenses publiques et de réduire radicalement les recettes fiscales.

Pour une petite élite, cette expérience a donné des résultats extraordinaires.  Les profits des entreprises et les salaires des dirigeants augmentent constamment.  Notre taux d’imposition des sociétés est le plus faible de tous les pays du G7 et notre taux effectif est le plus bas de tous les pays riches de l’OCDE.

Mais l’expérience est beaucoup moins concluante pour les travailleurs canadiens.  Les compressions dans les dépenses ont entraîné la stagnation des salaires, la diminution des avantages sociaux, les appels à la réduction des régimes de retraite et des efforts incessants pour démanteler des services publics vitaux.

Les efforts entrepris pour amaigrir notre système dans le but de favoriser la reprise économique ont été futiles. La croissance des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres de notre société est la plus rapide des pays développés, selon l’OCDE.  Cette situation nuit à notre économie en tirant vers le bas les travailleurs canadiens et en affaiblissant la classe moyenne.

Il est temps de mettre fin à cette expérience ratée.

Qu’il s’agisse de soins de santé publics, d’infrastructures communautaires, de garderies ou de soins aux personnes âgées, les services publics sont les grands égalisateurs de notre société.  Il faut les renforcer au lieu de tout faire pour les tailler en pièces. Et nous devons nous doter d’un meilleur système fiscal, un système dans lequel chacun paie sa juste part.

Sabrer les revenus des gouvernements en accordant d’irresponsables baisses d’impôts aux sociétés et des crédits d’impôt inefficaces ne mène ni à la création d’emplois, ni à la croissance économique.  En fait, les baisses d’impôts des sociétés récompensent l’élimination d’emplois et servent à affaiblir les salaires et les avantages sociaux que les travailleurs canadiens ont obtenus de haute lutte au cours de décennies de négociations collectives.

Les entreprises comptent aussi sur les services publics – ce sont ces services qui sont le moteur de notre économie.  Les entreprises doivent donc payer leur juste part pour les protéger.

Notre système fiscal actuel est truffé d’échappatoires et de crédits d’impôt inefficaces – sans parler de l’accès facile aux paradis fiscaux – qui profitent aux riches tout en détournant de l’argent des services publics que tous les Canadiens veulent et dont ils ont besoin.

L’échappatoire la plus destructive est la déduction pour option d’achat d’actions. Elle permet aux revenus d’emploi des cadres les mieux payés du Canada d’être imposés à la moitié du taux normal. Pire encore, cette échappatoire favorise la spéculation irresponsable qui a mené à la crise économique mondiale.

La déduction des gains en capitaux coûte au Canada plus de 6 milliards de dollars par année en revenus.  Pourtant, elle ne permet pas de créer des investissements concrets qui mèneraient à la création d’emplois.  Elle ne fait qu’alimenter la spéculation immobilière et les fusions et acquisitions d’entreprises.

Successivement, des gouvernements libéraux et conservateurs ont éliminé les taux d’imposition les plus élevés pour les Canadiens les plus riches – les seuls dont les revenus ont vraiment augmenté au cours des 20 dernières années.  Aujourd’hui, le taux supérieur est de 29 pour cent – peut importe que vous gagniez 130 000 $ ou 130 millions de dollars par année.

Mais plutôt que de reconnaître l’échec de cette expérience, les conservateurs de Stephen Harper veulent l’étendre. Au lieu d’examiner d’autres choix plus équitables, ils sont déterminés à utiliser la reprise économique comme excuse pour justifier d’autres réductions des dépenses, en ciblant notamment la Sécurité de la vieillesse.

Cette crise n’est que de la poudre aux yeux pour nous distraire du besoin urgent de régler la véritable crise que vivent 11 millions de Canadiens sans régime de retraite au travail.  La réduction de la SV ne fera qu’aggraver la situation.

On pourrait alléger les pressions exercées sur les régimes de retraite au travail et sécuriser le revenu de retraite pour tous les Canadiens en renforçant les régimes de retraite publics. Je répète l’appel lancé par le mouvement syndical en faveur de la tenue d’un sommet national sur la sécurité de la retraite. Il y a bien longtemps que cet enjeu public critique aurait dû faire l’objet d’une discussion par tous les intervenants.

Mais bien sûr, l’affaiblissement des régimes de retraite fait partie de l’expérience, dont le but ultime est de minimiser les responsabilités du gouvernement à l’égard des travailleurs canadiens.

Il existe une meilleure solution, une solution qui nous permet de reconnaître et d’accepter nos responsabilités à l’égard de nos familles, de nos collectivités et de nos concitoyens canadiens.

Nous devons nous doter d’un système fiscal plus progressif.  Et il faut pour cela fermer les échappatoires fiscales et couper l’accès aux paradis fiscaux.

Nous devons aussi nous débarrasser des crédits d’impôt inutiles qui ne profitent qu’aux riches.  Trop de ces crédits ne sont d’aucun secours pour les pauvres et drainent des revenus qui devraient être consacrés à des services universellement accessibles. Nous devons financer directement des services publics qui sont offerts à tous – comme les transports en commun, les garderies et les programmes d’arts et de sports pour nos familles.

Et les entreprises rentables et les Canadiens les plus riches doivent payer leur juste part.

Au cours des 20 dernières années, le taux d’imposition global des Canadiens les plus pauvres a augmenté de 20 pour cent, tandis que celui des Canadiens les plus riches a diminué de 10 pour cent. Les plus riches de notre pays – ceux qui font partie du « un pour cent » – ont un taux d’imposition global inférieur à celui de tout autre groupe – y compris les 10 pour cent les plus pauvres.

Le taux d’imposition des sociétés a diminué de 60 pour cent au cours des 30 dernières années. Il est maintenant inférieur au taux effectif des Canadiens les plus pauvres.

C’est tout simplement injuste. Ce n’est pas la meilleure solution pour notre économie et certainement pas la meilleure solution pour les travailleurs canadiens.

Le 29 mars, les conservateurs de Stephen Harper ont le choix. Ils peuvent poursuivre cette expérience ratée et destructive dans leur budget de 2012.

Ou ils peuvent reconnaître que la meilleure façon de favoriser la croissance économique est d’accorder un plus grand pouvoir d’achat aux travailleurs.  Il faut pour cela créer des emplois pour les Canadiens et les conserver, renforcer les salaires, avantages sociaux et régimes de retraite des travailleurs canadiens et créer un système fiscal dans lequel tout le monde paie sa juste part des services et programmes publics sur lesquels nous comptons tous, chaque jour.