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Depuis vingt ans, c’est-à-dire lorsqu’elles ont été annoncées en février 1991 par le gouvernement fédéral et la Banque du Canada, les cibles d’inflation du Canada sont de deux pour cent. 

Mais la cible d’inflation du Canada doit être renouvelée et révisée d’ici la fin de l’année.  Pour la première fois en vingt ans, le gouvernement fédéral pourrait réduire la cible d’inflation de deux pour cent à un pour cent, changer le type de cible de prix utilisé et même redéfinir sa mesure de l’inflation.  

Ces changements pourraient être annoncés très bientôt, peut-être même dans le budget fédéral.  N’importe lequel de ces changements pourrait fournir des avantages importants à certains et coûter cher à d’autres.  Ils pourraient en fin de compte avoir des effets plus importants que les dépenses ou les changements fiscaux annoncés dans le budget.  Et ils pourraient être instaurés par le pouvoir exécutif et administratif sans débat ni vote au Parlement. 

La baisse de l’inflation a coûté très cher au départ : les politiques de taux d’intérêt élevés et les réductions des dépenses mises en œuvre par le gouvernement fédéral dans les années 1990 avaient fait grimper le taux de chômage à plus de 12 pour cent et fait perdre leur emploi à 700 000 personnes additionnelles. 

Il ne fait aucun doute que des taux d’inflation stables et prévisibles profitent à l’économie. Mais on peut se demander si le coût pour ramener l’inflation à un taux si faible en valait la peine. Même le Fonds monétaire international a déclaré récemment que les gouvernements devraient adopter des cibles d’inflation plus élevées et non l’inverse. 

Il est aussi facile de savoir qui gagne et qui perd à ce jeu des faibles taux d’inflation.  Ceux qui ont des actifs—ceux qui possèdent de la richesse—sont habituellement ceux qui profitent des faibles taux d’inflation, tandis que ceux qui doivent de l’argent sont généralement mieux servis par des taux d’inflation plus élevés et désavantagés par des taux d’inflation plus faibles. Un certain taux d’inflation prévisible est bon pour l’économie en général parce qu’il facilite les changements de prix.   

Ceux dont les revenus et les dépenses sont explicitement ou implicitement indexés à l’inflation—par leur salaire, par les prestations de la sécurité de la vieillesse, du RPC, des régimes de retraite indexés, par d’autres avantages sociaux et par les impôts—ne devraient ressentir que peu d’effets des changements apportés à la cible d’inflation. Néanmoins, les coûts d’une baisse de la cible d’inflation par une hausse des taux d’intérêt pourraient être très élevés, en particulier à court terme, comme ils l’ont été dans les années 1990.  

Il existe aussi un changement technique beaucoup plus obscur qui pourrait avoir des ramifications très importantes sans même changer la cible d’inflation : la modification de l’outil de mesure de l’inflation.  Cela peut sembler difficile à saisir, mais un tel changement pourrait entraîner des pertes de milliards de dollars par année pour les travailleurs et les retraités, et fournir des gains annuels de milliards de dollars aux gouvernements et aux employeurs. 

Cette situation s’est déjà produite. La Commission Boskin de 1996 avait décidé que l’indice des prix à la consommation (IPC) américain avait surestimé l’inflation de 1,1 point de pourcentage par année, surtout parce qu’il n’avait pas correctement tenu compte des effets des personnes qui « magasinaient » pour trouver de meilleurs prix.  Les changements à l’IPC des É.-U. mis en œuvre depuis ont permis au gouvernement américain d’économiser des milliards de dollars chaque année grâce à une diminution des prestations de sécurité sociale et à une augmentation des revenus fiscaux.  

En réduisant le taux d’inflation mesuré, les Américains ont aussi réduit les hausses salariales pour la plupart des travailleurs et, même si ces changements semblent peu élevés pour une année, ils s’accumulent avec le temps.  

Le gouvernement canadien a aussi apporté quelques changements mineurs à la façon dont l’indice des prix à la consommation est mesuré ici, sans que la population ne s’en aperçoive vraiment. Maintenant, il se pourrait que le gouvernement fédéral change la façon dont l’IPC est mesuré au Canada de manière à ce que le taux officiel soit plus faible d’environ 0,6 point de pourcentage chaque année.  Il faut comprendre que cela n’entraînera pas de changements directs réels dans les prix ou l’inflation pour les gens. Mais cette mesure pourrait avoir des conséquences très réelles sur les salaires, les revenus, les transferts et les impôts qui sont liés à cette mesure de l’inflation.  

Une réduction annuelle de 0,6 pour cent peut sembler insignifiante, mais tout cela s’accumule—et donnera lieu à d’importants gains pour les gouvernements fédéral et provinciaux, aux dépens des travailleurs et des retraités.  Après dix ans, une diminution annuelle de 0,6 pour cent mènerait à une diminution de six pour cent des salaires, des retraites ou des revenus de transfert—une tendance qui se maintiendra. La perte cumulative au cours de ces dix années équivaut à plus de 30 pour cent du revenu annuel, c’est-à-dire à plus de 18 000 $ pour un revenu de départ de 50 000 $.  Le tableau (en version PDF) illustre la croissance de ces pertes annuelles dans le temps. 

En outre, les travailleurs finiraient aussi par payer plus d’impôts sur leur revenu parce que les fourchettes fiscales et les crédits augmenteraient plus lentement. Le crédit personnel de base diminuerait aussi de six pour cent en dix ans—avec des impôts proportionnellement plus élevés.  

Ceux qui profiteront le plus de ces changements seront les gouvernements—grâce à des transferts plus faibles et à des impôts plus élevés—et les employeurs, grâce aux salaires plus faibles. Les économies seraient très importantes et pourraient aussi rapidement s’accumuler au fil du temps.  Par exemple, les économies annuelles pour le gouvernement fédéral d’une baisse des paiements de la Sécurité de la vieillesse de 0,6 pour cent par année augmenteraient de 210 millions de dollars la première année jusqu’à plus de 1,2 milliard de dollars la cinquième année et à près de 3 milliards de dollars par année au bout de dix ans. 

L’ampleur de l’augmentation des revenus pour le gouvernement fédéral créée par une hausse annuelle plus faible de 0,6 pour cent du crédit personnel de base est similaire : 180 millions de dollars la première année, à plus de un milliard de dollars par année la cinquième année et à plus de 2,5 milliards de dollars par année après dix ans. 

On peut légitimement soutenir que l’IPC pourrait surestimer le taux d’inflation réel—et il est certain que les outils de mesure de l’inflation pourraient être améliorés. Toutefois, beaucoup de raisons expliquent comment l’indice des prix à la consommation canadien sous-estime les vrais changements dans le coût de la vie—mais ceux qui défendent cette vision semblent avoir choisi de ne pas en tenir compte. 

Par exemple, l’IPC canadien a recours à un nouvel indice du prix des maisons pour le coût du logement, qui a augmenté de la moitié du taux des propriétés à vendre. Il ne tient pas compte non plus de la dépréciation et de la désuétude technologique plus rapides de la plupart des biens, comme les ordinateurs et les téléphones cellulaires, ni des facteurs reliés à l’augmentation du temps qu’il faut pour se déplacer, à la diminution des services publics, aux coûts accrus pour l’environnement ou à la qualité de la vie.  Tous ces facteurs ont des répercussions sur le véritable coût de la vie pour les Canadiens et il faut aussi en tenir compte dans toute révision d’une mesure de l’inflation ou de l’indice du coût de la vie aussi importante que l’IPC.