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Québec – Dans quelques jours, le lock-out au Journal de Québec aura duré une année complète. En effet, il y aura exactement un an le 22 avril que Quebecor/Sun Media jetait à la rue ses employés du Journal. Cette décision de l’entreprise de presse survenait malgré des profits annuels nets de 25 millions au Journal de Québec, une position de numéro un dans son marché, une progression constante de son tirage et une paix industrielle avec ses employés qui durait depuis 40 ans.

Manif et boycott
La journée du 22 avril sera marquée par une manifestation des syndiqués, dont les détails seront précisés plus tard. À l’occasion de cette journée, ils demandent l’appui de la population de la région de Québec. Le porte-parole des 252 employés du Journal, Denis Bolduc, explique que cet appui prendra la forme d’un boycott. «Pour marquer la journée du 22 avril, nous demandons au public d’envoyer un message clair à la direction de Quebecor et pour ce, de ne pas acheter le Journal de Québec et de ne pas le lire au restaurant ou ailleurs. Bref, de l’ignorer tout simplement.»

Dans ce conflit, c’est l’employeur qui est en demande. «Le problème, commente Denis Bolduc, c’est qu’en décrétant son lock-out, Quebecor s’est complètement peinturé dans le coin. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que, depuis un an, les dirigeants refusent systématiquement de commenter le conflit. Ils se sont mis les pieds dans les plats. C’est pourquoi on pense que l’arbitrage du conflit est, dans les circonstances, la meilleure solution.» Le 27 janvier, les syndiqués ont proposé de faire trancher le litige par un arbitre, comme cela est prévu au Code du travail. «Cette proposition tient toujours», fait-il remarquer.

Denis Bolduc souligne également que c’est «un lock-out aussi sauvage qu’inutile. Les dirigeants de Quebecor ont non seulement créé un conflit de travail, ils ont rompu le contrat moral qui unissait les employés à leur employeur. Ce contrat moral c’était celui du père Péladeau, le fondateur du Journal. Sa formule était simple. Il l’a dit à mes collègues de la rédaction, de l’imprimerie et des bureaux et à moi-même : “Faites de mon journal le numéro un et je ferai de vous autres des numéros un. Mon p’tit gars, me disait-il, fais-moi faire de l’argent clisse, puis tu vas en faire toi aussi.”

Le lock-out, une spécialité Quebecor
La méthode forte, celle qui consiste à mettre ses employés à la rue pour forcer des concessions, est une habitude pour Quebecor Media. En 13 ans, de 1994 à 2007, 12 lock-out ont été décrétés par Quebecor contre ses employés, tous sous la gouverne de Pierre Karl Péladeau.

Les enjeux
Les enjeux de ce conflit de travail sont multiples. N’en mentionnons que quelques-uns. Pour les employés de bureau, ce sont surtout des questions de sous-traitance et de délocalisation des emplois. Pour ceux de l’imprimerie, c’est l’établissement de conditions salariales différenciées. Pour les journalistes et photographes, c’est la redéfinition même de l’exercice de leur profession qui est dans la balance, une bataille pour la qualité de l’information et la liberté de presse. À tous les employés, l’employeur demande aussi de faire passer la semaine de travail de quatre jours à cinq jours semaine, sans aucune compensation.

Un an de lock-out au Journal de Québec
Les employés de bureau et de la rédaction du Journal de Québec sont sous le coup d’un lock-out décrété par l’employeur le 22 avril 2007. Avant le déclenchement du lock-out, aucun des trois syndicats n’avait demandé de mandat de grève à ses membres ni même exercé de moyens de pression. En solidarité avec leurs collègues jetés sur le trottoir par la décision de Quebecor/Corporation Sun Media, les employés de l’imprimerie ont voté la grève à 97 %.

Aucun conflit de travail n’avait eu lieu depuis la fondation du Journal de Québec en 1967. Au printemps 2006, tous les employés syndiqués du Journal avaient accepté de reconduire la convention collective pour un an en partenariat avec l’employeur pour mieux affronter son concurrent, Le Soleil, qui passait au format tabloïd.

Au moment du déclenchement du conflit, le Journal de Québec dégageait des profits nets annuels d’environ 25 millions de dollars et était le numéro un dans son marché.

Selon les données de l’Audit Bureau of Circulations (ABC) (organisme spécialisé dans l›évaluation de la distribution des quotidiens partout sur le continent nord-américain), au moment de l’annonce du lock-out, le Journal de Québec était celui qui avait connu la plus forte progression au Canada (soit 2,5 %, pour la période de six mois se terminant le 31 mars 2007, du lundi au vendredi, pour les quotidiens de plus de 100 000 exemplaires).

La brutalité de ce lock-out, malgré la très grande profitabilité de l’entreprise, fait dire aux syndiqués que Quebecor/Sun Media pratique à leur endroit du «terrorisme économique».

Aucun piquet de grève n’a été érigé par les syndiqués depuis le début du lock-out.

Depuis le 24 avril 2007, les employés en conflit publient et distribuent cinq jours semaine 40 000 exemplaires du MédiaMatinQuébec, un quotidien gratuit qu’ils ont créé pour rappeler leur cause à la population de Québec. Quebecor/Corporation Sun Media a entrepris plusieurs recours judiciaires pour empêcher la publication du MédiaMatinQuébec. Toutes ces démarches ont échoué.

Malgré le conflit, le Journal de Québec continue d’être publié. Il est imprimé principalement à Mirabel plutôt qu’à Québec.

Le 27 janvier, les syndiqués ont proposé de faire trancher le conflit par un arbitre, comme cela est prévu au Code du travail. Dans un communiqué laconique, Quebecor a immédiatement fait savoir qu’elle refusait cette proposition

Dans une décision rendue le 23 août 2007, en application de l’article 109 du Code du travail du Québec (dispositions anti-scabs), la Commission des relations du travail (CRT) du Québec a ordonné à la direction du Journal de Québec de cesser de recourir aux services de quatre personnes qui remplissaient les fonctions de salariés en conflit.

De nouvelles plaintes concernant l’utilisation de travailleurs illégaux ont été déposées par les syndicats en octobre et novembre 2007. Au total, ces plaintes visent 17 personnes. Des audiences de la CRT sur ces plaintes ont eu lieu les 14 et 28 janvier, 12 et 14 mars. Lors des premières audiences, le rédacteur en chef du Journal de Québec, Serge Gosselin, a déclaré sous serment qu’il n’estimait «pas pertinent» de savoir qui sont les auteurs des articles provenant de Canoë et publiés dans son quotidien en lockout. D’autre part, dans son témoignage Sylvain Chamberland a expliqué que c’est à la demande de Pierre Karl Péladeau lui-même qu’il a lancé son agence à la fin mai 2007, soit un mois après le début du lock-out. Le 28 mars, Quebecor a tenté d’obtenir de la CRT une ordonnance de non divulgation, de non publication et de non diffusion. Cette requête a été refusée séance tenante par la CRT. Les audiences devant la CRT vont se poursuivre le 14 mai.

Par ailleurs, le 5 février2008, le Journal de Québec, le portail Internet Canoë et le journaliste de Canoë Hubert Lapointe ont plaidé non coupables à des accusations criminelles pour avoir, l’été dernier, divulgué le nom d’une victime d’agression sexuelle malgré une ordonnance de non-publication de la Cour. Cette affaire reviendra devant le tribunal le 15 avril. Hubert Lapointe est l’une des 17 personnes visées par les plaintes sur l’emploi de scabs.

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SOURCE : SYNDICAT CANADIEN DE LA FONCTION PUBLIQUE

Renseignements :
Denis Bolduc, porte-parole des syndiqués en conflit, 418 564-8772; Robert Bellerose, Information SCFP, cell. 514 247-9266