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Mon exposé portera surtout sur la syndicalisation dans le secteur universitaire; j’aborderai plus précisément nos points forts, nos points faibles et la façon de tirer profit des occasions ratées. Certes, il est essentiel de syndiquer ceux qui ne le sont pas. Par contre, on a tendance à laisser de côté ce que j’appelle la « réorganisation des syndiqués ». Je traiterai de ces deux questions dans l’exposé. Il y a beaucoup de travail à faire, mais le SCFP a pris des mesures concrètes positives de recrutement dans le secteur universitaire. Plus précisément, je songe à la proposition sur le recrutement du Comité de coordination des travailleuses et travailleurs d’université de l’Ontario (CCTTUO) qui a été adoptée par le SCFP. Dans l’introduction à cette proposition, le CCTTUO précise que le plan est ambitieux, dynamique et réalisable et je suis tout à fait d’accord avec cet énoncé. C’est un pas dans la bonne direction pour le SCFP.

Le SCFP est le plus grand syndicat du Canada. Pour cette raison, tout ce que le SCFP fait a des répercussions majeures sur le reste du mouvement syndical. Nous avons donc une grande responsabilité à l›égard de nos membres. Nous avons une responsabilité à l›égard de ceux qui veulent devenir membres du SCFP et nous avons la responsabilité d›être des chefs de file de la syndicalisation.

Le plan de recrutement du CCTTUO se concentre sur les travailleurs non syndiqués des services d’alimentation de quatre universités : Waterloo, Guelph, Western et Carleton. L’industrie des services d’alimentation est bien connue pour les mauvaises conditions de travail qu’elle offre.

Qui travaille dans l’industrie des services d’alimentation? Surtout des femmes, des personnes de couleur, de nouveaux Canadiens et des jeunes.

Pour qui travaillent-ils? Il y a trois grands fournisseurs de services d’alimentation. L’adjectif « grand » est pris dans le sens de mondial. Les voici, par ordre d’importance sur le marché mondial : Aramark, Sodexho et Compass.

Ce secteur d’activité est-il rentable? Il est très rentable. Sodexho, aux États-Unis et au Canada seulement, a réalisé un chiffre d’affaires annuel de 4,9 milliards de dollars.

La syndicalisation dans l’industrie des services d’alimentation est donc une question de justice sociale.

Que pouvons-nous faire? Le plan de recrutement du CCTTUO reconnaît que les sections locales du SCFP ne disposent souvent pas des ressources et des gens qui pourraient se consacrer exclusivement au recrutement, sans parler d’un recrutement intensif. Nous devons former nos membres affectés au recrutement et leur fournir le soutien de coordonnateurs du recrutement pour la planification et la mise en oeuvre des campagnes syndicales. Les coordonnateurs peuvent être au fait des stratégies à appliquer, mais ce sont les membres sur le terrain qui ont établi des relations interpersonnelles avec les travailleurs non syndiqués et qui connaissent l’historique et le fonctionnement de l’université en tant qu’employeur. Ce type de connaissances et d’expérience, qui est la clé de la réussite, ne devrait JAMAIS être sous-évalué.

Kate Bronfenbrenner soutient, dans son livre « Organizing to Win », que la majorité de la recherche a été effectuée sur les tactiques antisyndicales de l’employeur. Or, ces tactiques antisyndicales existeront toujours. Cependant, on ne s’est pas suffisamment intéressé à ce que les syndicats peuvent faire pour améliorer la réussite de leurs activités de recrutement. Nous ne sommes pas soumis passivement aux caprices de la direction des entreprises, des gouvernements, des sociétés transnationales ou de la mondialisation, nous sommes des participants actifs et la lutte se poursuit.

Le recrutement des travailleurs des fournisseurs de services d’alimentation présente un potentiel énorme. Aramark, Sodexho et Compass ne sont pas des marques connues, contrairement à Pizza Pizza, Tim Hortons et Starbucks. Au moyen d’accords de franchise, les fournisseurs de services d’alimentation peuvent exploiter ces noms de commerce sans que le consommateur en soit conscient. On peut très bien penser que si les employés d’un magasin Starbucks se syndiquent et qu’ils obtiennent les avantages que procure le syndicat, les autres travailleurs de Starbucks se demanderont pour quelle raison ils sont laissés de côté. Le SCFP a ainsi l’occasion d’avoir une influence énorme sur le secteur privé et peut-être l’occasion d’organiser des coalitions avec d’autres syndicats. De la même façon, Aramark, Sodexho et Compass sont aussi présentes dans les hôpitaux, les foyers de soins, les écoles élémentaires et secondaires et les immeubles gouvernementaux qui sont aussi d’autres secteurs dans lesquels le SCFP est solidement implanté. Une campagne de recrutement dynamique dans le secteur universitaire nous fournira des possibilités de recrutement dans ces autres secteurs.

Nous devons aussi repenser les descriptions d’unités de négociation définies établissement par établissement. Le recrutement sur une base géographique dans les cas où tous les employés d’une entreprise dans une même ville, par exemple, sont syndiqués, donnerait aux travailleurs un plus grand pouvoir de négociation et ce type de recrutement est plus facile à réaliser que la tentative de syndicaliser un par un les petits établissements des services d’alimentation.

Les possibilités sont infinies, mais uniquement si nous investissons des ressources adéquates dans le recrutement et tirons profit de ces occasions éphémères.

Imaginons que nous tirons profit de ces occasions et que nous lançons un programme de recrutement dynamique qui nous permet d’obtenir un taux de syndicalisation de 100 % dans l’industrie des services d’alimentation du secteur universitaire, nous ne serons pas nécessairement au maximum de notre force si nous n’utilisons pas à notre avantage notre taux de syndicalisation.

Ce sujet m’amène au deuxième thème de mon exposé, soit la réorganisation des syndiqués.

J’ai pris connaissance de données différentes, mais je crois que le SCFP représente quelque 50 % des travailleurs de Sodexho au Canada. Imaginez le pouvoir de négociation de ces travailleurs si le SCFP optait pour le modèle de la convention collective cadre avec des stipulations de base communes et une même date d’expiration. Nous connaissons la force du nombre, mais nous négocions et représentons nos membres selon des façons qui affaiblissent notre force collective.

En fait, le SCFP pourrait être le seul syndicat en mesure d’investir les trois grands, soit Aramark, Sodexho et Compass, à cause de notre taux de syndicalisation. Le principal obstacle de la syndicalisation dans les services sous-traités vient du fait qu’au moment du changement d’entrepreneur, il n’y a pas de droits de succession et, par conséquent, pas de syndicat. Pas de syndicat, même si la seule différence véritable est souvent le logo. Les trois grands fournisseurs de services d’alimentation se font une lutte féroce pour offrir les prix les plus bas possibles à leurs clients potentiels. Cette surenchère entraîne une aggravation encore pire des conditions de travail. Cependant, si le SCFP était en mesure de recruter progressivement les travailleurs d’Aramark, de Sodexho et de Compass, les trois entreprises seraient obligées d’offrir des salaires, des avantages sociaux, etc. équitables et les taux concurrentiels dans l’industrie se normaliseraient, mais à un niveau beaucoup plus élevé.

De plus, nous pouvons utiliser notre taille pour faire pression sur les trois grands afin qu’ils acceptent de reconnaître un syndicat à partir du moment où un certain pourcentage des travailleurs aient signé des cartes d’adhésion plutôt que d’exiger un vote. (Bien sûr, c’est déjà le cas au Québec.)

Je vais maintenant passer des travailleurs des services d’alimentation aux travailleurs du secteur universitaire, soit les assistants d’enseignement et les assistants de recherche. Plusieurs sections locales d’université, y compris la section locale 3906 du SCFP, dont je suis membre à l’Université McMaster, ont pris leurs premières mesures en vue de la négociation intégrée en demandant la conciliation à la même date et en tentant d’obtenir une date d’expiration commune. Nous savons que les administrations des universités s’unissent et coordonnent leurs activités contre nous. Il était temps que nous comprenions et que nous agissions de la même façon.

En passant, en tant que l’un des deux coordonnateurs de grève, je dois vous dire que le contrat de la section locale 3906 du SCFP a expiré en août et que l’employeur a fait part de son intention de déposer un rapport recommandant de ne pas instituer de commission de conciliation le premier jour de la conciliation. A alors commencé le compte à rebours de 17 jours jusqu›à ce que l’Université McMaster puisse mettre les employés en lock-out et (ou) que le syndicat puisse déclencher la grève. Le vote sur le mandat de grève a débuté mercredi dernier et se termine ce soir à 19 h. La section locale 3906 du SCFP demandera l’appui de toutes les sections locales en cas de lock-out ou de grève le 23 octobre.

En conclusion, j’espère que j’ai démontré que le SCFP se trouve dans une situation unique de par sa capacité de recruter des travailleurs des services d’alimentation dans le secteur universitaire, ce qui peut avoir des répercussions positives à long terme sur les travailleurs des autres secteurs du SCFP, comme les soins de santé, et même dans le secteur privé, avec de grandes possibilités en matière de création de coalitions syndicales. La négociation de conventions collectives cadres et la coordination des négociations sont deux moyens par lesquels nous pouvons accroître notre pouvoir syndical, ce qui peut ensuite nous permettre de faire pression sur les employeurs afin qu’ils nous accordent un environnement plus favorable en matière de recrutement. Par conséquent, le recrutement des non-syndiqués et la réorganisation des syndiqués sont reliés entre eux et le SCFP, encore une fois, en tant que principal syndicat du Canada, a l’occasion unique et la responsabilité particulière, et je cite encore ici le CCTTUO, de faire réussir ce plan ambitieux, dynamique et réalisable.

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S:ResearchWPTEXTUniversities and CollegesSpeechesPatricia Chong-fr.doc