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En arrivant à Québec, les 12 membres du Comité de solidarité internationale du SCFP ne s’attendaient pas à être aveuglés par des gaz lacrymogènes ni à être témoins de techniques de contrôle des foules sorties directement de l’ère de l’apartheid en Afrique du Sud.

Nous avions prévu assister au Forum des syndicats et nous réunir pendant deux jours puis assister à la grande marche du samedi. Nous étions venus pour discuter de la proposition du SCFP de la C.-B. d’aider à financer leur projet avec le syndicat des travailleuses et travailleurs municipaux de Cuba, pour examiner un rapport sur le projet parrainé par la section locale 974 liant les travailleuses et travailleurs des soins de santé du Chili avec leurs homologues de la Saskatchewan et pour examiner des modifications possibles aux types de projets admissibles au financement par la Caisse de l’entraide syndicale du SCFP.

Mais une fois arrivés, quand nous avons vu qu’on installait une clôture pour nous empêcher d’assister à la rencontre officielle, quelque chose a changé. Nous nous sommes entendus pour tenir notre réunion en une seule journée afin de pouvoir prendre part à l’action près de la clôture.

Voici ce dont nous avons été témoins.

Le vendredi, nous nous sommes approchés de la clôture dans le cadre d’une grande manifestation d’étudiants et de travailleurs, hommes et femmes.

Nous nous sommes approchés de la clôture sans problème. Seuls quelques policiers étaient en vue. Mais lorsque quelques jeunes ont commencé à secouer la clôture, environ 200 policiers anti-émeute sont soudainement apparus. Trois ou quatre grenades lacrymogènes ont été lancées par-dessus la clôture et celles et ceux d’entre-nous qui étaient proches ont cherché à se disperser alors que le gaz commençait à nous brûler les yeux et à nous donner des nausées.

Nous sommes restés encore vingt minutes alors que les policiers nous lançaient d’autres grenades lacrymogènes et que la colère montait parmi les personnes présentes.

La journée de samedi a été différente.

La plupart d’entre nous avons participé à la grande manifestation syndicale qui ne s’approchait pas du tout de la clôture. Au retour, nous pouvions sentir le gaz à au moins 2 kilomètres à la ronde. L’air était pratiquement irrespirable dans la ville de Québec, vers l’est.

Le bruit courait que les policiers s’en prenaient à toute personne qui se trouvait aux abords de la clôture.

Nous avons cru qu’il était important de manifester notre appui aux jeunes présents à proximité de la clôture afin qu’ils ne se sentent pas abandonnés par les personnes qui avaient choisi de manifester leur opposition à la ZLÉA de façon plus pacifique.

Quelques-uns d’entre nous, dont Judy Darcy et les vice-présidents Wayne Lucas, Paul Moist et l’activiste Judy Rebick avons décidé de nous rendre à nouveau à proximité de la clôture vers 19 h 00 samedi. Plus nous nous approchions, plus le gaz lacrymogène saturait l’air. Nous avons sorti nos foulards, nous les avons aspergé de vinaigre et nous avons avancé.

En tournant à un croisement, nous nous sommes retrouvés en pleine zone de guerre.

Tout en haut de la côte, environ 20 jeunes s’entassaient derrière des abris de fortune. Un ou deux jeunes sortaient pour lancer des pierres aux centaines de policiers anti-émeute qui se trouvaient de l’autre côté de la clôture. Ces jeunes faisaient face à un barrage de gaz lacrymogène. De temps à autre, un canon d’arrosage entrait en action.

Derrière nous, il y avait 400 ou 500 personnes, des jeunes pour la plupart, qui criaient, tapaient sur des tambours, des boîtes à ordures et tout ce qui pouvait faire du bruit. De temps à autre, une grenade lacrymogène était lancée au beau milieu de la foule. Habituellement, une personne qui portait un masque à gaz la relançait en direction des policiers. Un immense ventilateur a également été utilisé pour souffler le nuage vers la rue. À ce moment-là, le nuage de gaz était tellement épais qu’il m’était impossible de voir de l’autre côté de la rue.

Malgré tout ceci, la foule est demeurée sur place.

Au coin de la rue, des douzaines de personnes étaient couchées par terre alors que leurs amis aspergeaient leurs yeux d’eau pour soulager la douleur. D’autres étaient pliés en deux, vomissant et ayant de la difficulté à respirer.

Nous sommes restés jusqu’à ce qu’il commence à faire noir. Après notre départ, les policiers ont chargé depuis la clôture et dispersé la foule en utilisant d’autres gaz lacrymogènes. Ils ont ensuite descendu la côte pour mettre fin à un rave improvisé qui avait lieu à un kilomètre de la clôture. Ils ont gazé des centaines de jeunes qui étaient davantage intéressés à danser, parler ou dormir qu’à confronter les policiers ou toute autre personne.

Nous nous sommes traînés jusqu’à notre hôtel où nous avons parlé de ce que nous avions vu.

Tout le monde avait une histoire à raconter, tout le monde avait été gazé, tout le monde était étonné de ce que nous avions vu. Personne n’avait rien à dire sur le comportement des jeunes.

La semaine dernière nous a donné à réfléchir sur bien des choses.

 

  • Comment faire comprendre ce que c’était que de voir une des plus jolies villes de la terre transformée en zone de guerre?

     

     

  • Comment expliquer ce que nous avons ressenti lorsque nous étions au cœur de toute l’action?

     

     

  • Pourquoi nous sommes-nous toutes et tous sentis obligés d’appuyer les jeunes qui essayaient de faire tomber la clôture?

     

     

  • Qu’est-ce que ça signifie pour les personnes avec lesquelles nous travaillons? Q
  • uelle est la prochaine étape en ce qui nous concerne?

     

     

 

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