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Les membres du SCFP font tellement d’heures supplémentaires sans être rémunérés que dans certains cas ils pourraient prendre une journée de congé par semaine…
De plus, le stress du surmenage tue littéralement certaines de ces personnes

 

Réunissez-vous, travailleuses et travailleurs, où que vous soyez et dénoncez l’augmentation de votre charge de travail

Ces paroles, chantées sur l’air de la chanson de Bob Dylan « The Times They Are A’Changing », ont donné du courage aux 243 grévistes de l’Association catholique de l’aide à l’enfance (ACAE) de Toronto, l’été dernier. Ces personnes étaient en grève, non pas pour une augmentation de salaire, non pas pour de meilleurs avantages sociaux. Elles ont fait la grève pour dénoncer la charge de travail excessive.

Les membres de la section locale 2190 du SCFP ne sont pas les seuls à s’en plaindre. Les problèmes de la charge de travail sont une préoccupation majeure dans de nombreux lieux de travail du SCFP. En effet, comme le chef d’antenne frustré du film Network qui, nos membres commencent à crier, ‘Nous ne resterons pas là sans réagir’.

« Avant la grève, tout le monde était affecté par la question de la charge de travail », de dire Isabel Santos, présidente du comité de grève de la section locale. « Mais les travailleuses et travailleurs chargés de l’accueil et des services à la famille étaient particulièrement affectés. » Ce sont les travailleuses et travailleurs de première ligne. Ces personnes travaillent directement avec les familles.

La charge de travail est une préoccupation depuis quatre ans à l’ACAE. Les choses se sont aggravées lorsque le gouvernement de l’Ontario a introduit des changements qui donnent plus de responsabilité aux travailleuses et travailleurs chargés de la protection de la jeunesse dans leur intervention lors de problèmes familiaux.

« Nous avons accepté certains changements, mais vous devez ensuite injecter les ressources qui vous permettront de faire le travail. Ce qui ne s’est pas produit », de dire Mme Santos. On avait besoin de plus de temps pour remplir les rapports. Mais les ordinateurs de l’ACAE étaient désuets. Ce qui a contribué à la frustration.

« Notre grève concernait tout simplement le surmenage », se rappelle Brooke McLean, une travailleuse chargée de l’accueil à l’ACAE. « L’employeur n’avait rien fait pour corriger la situation. Nous avons fait de bonnes recommandations mais elles n’ont pas été appliquées. Nous savions que les choses allaient s’aggraver avec le mandat accru pour l’aide à l’enfance en Ontario. Les choses devaient changer.

« Il n’y avait jamais assez de temps pour faire de bonnes évaluations de la clientèle », a-t-elle ajouté. « Une visite et c’était fini. De plus, son propre bien-être s’est complètement volatilisé. Nous n’avions pas de vie. Nous travaillions les jours, les soirs, les fins de semaines, presque sans arrêt ». Cela a ajouté au stress qui a mené à la grève.

« Assez régulièrement, la travailleuse ou le travailleur social se présente uniquement parce qu’il n’y a pas de temps pour tenir une réunion de transfert », de dire Jonathan Kells, un travailleur des services à la famille de l’ACAE. « Vous dites bonjour à un enfant de cinq ans. ‘Hé! Devine quoi? J’suis ton nouveau travailleur social. Un parfait étranger qui t’est complètement inconnu travaillera dorénavant avec toi’. »

Quels gains la section locale a-t-elle faits? « Nous avons obtenu des dispositions de convention collective sur la charge de travail acceptable », de dire Isabel Santos. « Nous l’avons obtenu sous la forme du nombre maximum de cas. Certains membres croient que le nombre de cas est encore trop élevé. De plus, les superviseurs doivent s’asseoir et vous parler de la charge de travail. Ils doivent trouver une façon de vous empêcher d’être encore plus surchargés que vous l’êtes déjà. »

« On pourra juger de la qualité en se fondant sur le nombre de travailleuses et de travailleurs que l’ACAE embauche pour faire le travail », de dire Jonathan Kells. « On reconnaît maintenant davantage ce qui se produit avec le nombre de cas de première ligne. Nous sommes en période de récupération. »

Selon Brooke McLean, « si les choses changent dans notre lieu de travail, oui ça en aura valu la peine. Mais si je suis crevée, je ne serai d’aucune utilité à personne. Je ne pourrai pas prendre de décisions logiques si je suis épuisée, frustrée et prête à m’arracher les cheveux ».

Elle ajoute qu’il est ironique de devoir déclencher une grève pour voir à ce que les clients reçoivent les services dont ils ont besoin. « Nous sommes sensés protéger les enfants mais lorsque votre charge de travail est aussi impossible à gérer, vous pouvez mettre ce rôle en danger. »

Ce que Brooke McLean et Jonathan Kells disent est étayé par un sondage du SCFP qui a été mené l’an dernier auprès de plus de 700 travailleuses et travailleurs sociaux en Ontario. Surchargés et sur la ligne de feu a révélé une augmentation alarmante de la charge de travail chez 9 000 travailleuses et travailleurs du SCFP.

« Les effets de l’augmentation de la charge de travail sont renversants », de démontrer le sondage. Environ 94 pour cent des gens ont rapporté se sentir fatigués, alors que 87 pour cent se sentent épuisés et 89 pour cent souffrent de maux de tête. Étonnamment, environ la moitié disent que leurs symptômes sont attribuables à leur travail.

 

« Nous n’avions pas de vie. Nous travaillions les jours, les soirs, les fins de semaines, presque sans arrêt ».

Des études informelles démontrent que de nombreuses personnes membres du SCFP font tellement d’heures supplémentaires sans être rémunérées qu’elles devraient en fait obtenir jusqu’à deux semaines de congé additionnelles chaque année. Le sondage, fait en Ontario, suggère que le travail non rémunéré est l’équivalent de 630 emplois du SCFP dans le secteur des services sociaux seulement.

De plus, une étude du Centre for Families, Work and Well-Being, de l’Université Guelph, montre que les éducatrices et éducateurs en garderie font régulièrement don d’une journée de travail par semaine et les professeurs travaillent en moyenne 5,3 heures par semaine sans être rémunérés, et cela va jusqu’à 7,3 heures à l’Î.-P.-É.

Tout cela fait partie d’une crise au travail appelée surcharge de travail qui atteint des proportions épidémiques. Et, selon un sondage Angus Reid, les femmes et les travailleuses et travailleurs du secteur public sont plus stressés par la charge de travail excessive que d’autres travailleuses et travailleurs au Canada.

Le sondage sur les soins de santé effectué à l’échelle du Canada, publié en mai 2000 concluait également que

« 47 pour cent des Canadiennes et Canadiens bénéficiaient d’un régime d’assurance-maladie au travail affirment subir ‘beaucoup de stress au travail’ ».

Le sondage reliait le stress au travail et le taux d’absentéisme des employés et « il démontrait clairement que le stress engendre des coûts importants pour les employeurs en termes de perte de productivité ».

Dans les milieux de travail du SCFP, on s’inquiète également du fait que les employeurs imposent la charge de travail supplémentaire aux minorités, aux jeunes et aux travailleuses.

 

Il est clair qu’il y a plus de risques d’accidents de travail lorsqu’une personne est fatiguée, surmenée et en détresse.

La charge de travail excessive représente également un problème de santé et de sécurité. Il est clair qu’il y a plus de risques d’accidents de travail lorsqu’une personne est fatiguée, surmenée et en détresse. Ce problème est tellement persistant que le Service de santé et de sécurité du SCFP organisera un atelier à ce sujet lors de sa conférence nationale en février.

« C’est une grande priorité pour nous », de dire Pearl Blommaert, présidente du Comité national de santé et de sécurité du SCFP et travailleuse des soins de santé de la Saskatchewan.

« La plupart des conventions collectives ne la couvrent pas. Il est difficile d’établir les causes. Les lois sur la santé et la sécurité ne contiennent aucun article spécifique concernant la dotation en personnel. Il n’y a pas de mesure réelle », a-t-il ajouté.

« Les membres savent qu’il y a un problème et ils attendent que quelqu’un donne l’exemple et leur donne des moyens pour lutter contre ce problème. C’est assez simple, nous devrions être plus à faire le travail. »

La surcharge peut également entraîner des problèmes plus vastes au travail et des problèmes sociaux comme une moins bonne qualité de service et même de la violence familiale.

« Dans nos emplois, nous prenons soin des gens », de dire Sandi Howell, directrice du Service de l’égalité du SCFP.

« Lorsque les services sont réduits, lorsqu’on engage moins de personnes pour faire le travail, ce sont les femmes à la maison qui viennent prêter main forte. »

La charge de travail excessive signifie moins de soins. On ne rase pas les patients dans les foyers de soins infirmiers. La nourriture n’est pas aussi bonne qu’elle devrait l’être en raison de l’urgence causée par le manque de personnel ou le fait de faire travailler des heures supplémentaires un personnel épuisé.

La charge excessive peut également avoir un effet sur la collectivité. Lorsque les gens sont stressés au travail, ils cessent de contribuer aux activités de la collectivité, d’ajouter Sandi Howell. Moins de membres ont l’énergie pour être entraîneurs d’équipes des ligues mineures de baseball ou pour être cheffe d’un groupe de guides. « Les gens sont tout simplement trop épuisés pour faire ces choses. »

Tout comme les capitaines de l’industrie du 19e siècle adoptaient des systèmes pour chiffrer la production de la main-d’œuvre et la forcer à accélérer la cadence, on justifie cette charge de travail excessive par les exigences de production du nouveau millénaire. Mais, à peu de chose près, les mêmes problèmes apparaissent. Les accidents augmentent, les travailleuses et travailleurs sont insatisfaits et il y a des problèmes sociaux. En fait, nous reculons sur ce dossier.

 

« Lorsqu’on engage moins de personnes pour faire le travail, ce sont les femmes à la maison qui viennent prêter main forte. »

Il est clair que la charge de travail n’est pas un nouveau problème. Ce n’est pas non plus uniquement un problème canadien. Au Japon, par exemple, il est maintenant possible d’obtenir réparation pour « décès en raison de la charge excessive ». Ce n’est pas une option plaisante, mais cela démontre la gravité du problème.

Au Royaume-Uni, John Walker, un travailleur social, est passé à l’histoire juridique, dans les années 1980, lorsqu’un tribunal de dernière instance a statué que son employeur avait causé sa dépression nerveuse en lui donnant une charge de travail excessive. Son syndicat, UNISON, l’homologue britannique du SCFP, a réussi à démontrer que la dépression avait été causée par la négligence de l’employeur. Il a obtenu réparation sous forme de la coquette somme de quelque 400 000 $.

Aux États-Unis, une campagne actuellement en cours demande que l’on mette fin aux « épuisements professionnels qui montent en flèche » et à la « maladie professionnelle la plus dangereuse : le trouble du manque de vacances ». Les responsables de la campagne affirment qu’on a besoin de « plus de temps libre ». Ceci pourrait être fait en modifiant la loi afin que chaque Américaine et Américain obtienne trois semaines de vacances après une année, et quatre semaines après trois ans.

Les responsables de la campagne mentionnent qu’il est fréquent que les travailleuses et travailleurs de certains pays d’Europe prennent de cinq à six semaines par année. Ils ont également soulevé la question de la réduction de la semaine de travail comme solution au problème de la surcharge de travail. Des expériences effectuées dans certains pays européens ont démontré qu’une semaine de travail plus courte peut entraîner une plus grande productivité et moins de perte dans le salaire net lorsque les impôts sont recalculés sur un revenu brut moins élevé.

Les défenseurs de la réduction de la semaine de travail affirment que nous épargnerions l’environnement en conduisant moins, en faisant moins fonctionner d’ordinateurs, en utilisant moins de ressources environnementales. Ils affirment également que nous aurions plus de temps pour les amis, la famille, les réjouissances, la marche, le jardinage. En résumé, toutes les choses – le temps libre – qui avaient été promises avec l’avènement des nouvelles technologies.

En Australie, on a régularisé la cause de la charge de travail par le biais d’une campagne pour dire aux travailleuses et travailleurs de ne pas « effectuer un nombre d’heures dangereux. » La documentation de la campagne insiste sur le fait « qu’un nombre d’heures raisonnables est un nombre d’heures plus sûr. »

Le Conseil des syndicats australien a averti les travailleuses et travailleurs : « Dites non. Prenez des pauses, quittez à l’heure prévue, n’apportez pas de travail à la maison et dites-le lorsque vous avez trop de travail à faire. » Le Conseil mentionne que la surcharge de travail indique une mauvaise gestion et se manifeste en heures supplémentaires impayées, en longues heures de travail, sans congé et avec un important stress additionnel.

 

« Dites non. Prenez des pauses, quittez à l’heure prévue, n’apportez pas de travail à la maison et dites-le lorsque vous avez trop de travail à faire. »

D’autres paroles chantées sur un air populaire pour renforcer la décision des grévistes de la section locale 2190 l’été dernier. Peu de membres du SCFP, dont les rangs grossissent, seraient en désaccord. Ils soutiennent tout le poids de la classe politique et des employeurs qui font pression pour extraire le plus de sang possible de la pierre du SCFP.

Il se peut que de nombreuses personnes se préparent à débrayer si les temps—et les charges de travail—ne changent pas bientôt.

 

Ron Verzuh