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Des deniers publics pour augmenter le pouvoir et les profits des entreprises. Voilà comment les critiques voient l’annonce, faite par le gouvernement de l’Ontario, à l’effet que quelque 1,4 milliard de dollars sera dépensé pour les collèges et les universités de la province.

L’argent provient de la Société Super-Croissance de l’Ontario, un nouveau programme pour promouvoir les ententes de partenariats public-privé dans les projets d’infrastructure pour la santé, l’éducation, le transport et les services publics.

 

Le programme de construction, qui débutera immédiatement et se poursuivra jusqu’en 2003, améliorera la recherche et l’espace d’enseignement dans les campus de la province.

 

Mais les critiques craignent le rôle que la Société SuperCroissance donne au secteur privé en ce qui a trait au financement et à l’influence exercée sur le secteur de l’éducation postsecondaire. Le gouvernement provincial n’investira que 742 millions de dollars dans le projet. Le reste sera couvert par plus de 100 grandes entreprises dont Bell Canada, Nortel Networks et General Motors. Afin d’être admissibles au financement, les établissements d’enseignement postsecondaire ont dû compétitionner pour prouver que le secteur privé assurerait un soutien financier pour leurs projets de construction.

 

« Ce n’est qu’une autre capitulation en faveur des entreprises », de dire Derek Blackadder, coordonnateur du Comité de coordination des travailleuses et travailleurs universitaires de l’Ontario (CCTTUO).

M. Blackadder insiste pour dire que la Société SuperCroissance n’est rien de plus qu’une subvention gouvernementale aux entreprises, soit un moyen pour les entreprises rentables d’utiliser les fonds publics pour construire et réparer les édifices à leur profit, alors que les édifices financés par le secteur public sont laissés à l’abandon.

 

Le CCTTUO estime qu’au cours de la dernière décennie, il y a eu un manque à gagner de 1,3 milliard de dollars dans le financement pour l’entretien des universités et des collèges communautaires de l’Ontario. « Mike Harris construit et améliore ces beaux édifices neufs par voie d’ententes de PPP et, au même moment, les édifices financés publiquement tombent en ruine parce qu’il n’y a pas d’argent pour l’entretien et il n’y en a pas eu depuis de nombreuses années », d’expliquer M. Blackadder.

 

Selon Rick Graham, président du CCTTUO et président de la section locale 2361 du SCFP, la question de l’entretien différé soulève de graves problèmes de santé et de sécurité. M. Graham a été un témoin privilégié de l’état de détérioration des universités à titre de travailleur de l’entretien de l’Université Western Ontario, à London. « Il y a des tuyaux rouillés, des conduites d’alimentation en eau brisées, des connecteurs électriques à haut voltage endommagés, de dire Rick Graham. Nous rapiéçons l’équipement qui devrait plutôt être remplacé. La détérioration est telle que quelqu’un risque d’être blessé. »

« Il encourage les entreprises à jouer un rôle actif pour donner forme à ce programme. »

 

De l’argent pour de nouveaux édifices mais pas d’argent pour rénover

 

Pour empirer les choses, les nouveaux édifices compétitionneront avec les édifices existants pour obtenir des fonds. « On parle de l’argent pour les nouveaux édifices, mais il n’y a pas d’argent neuf pour la gestion et l’entretien, de dire M. Graham. Il n’y a plus personne pour entretenir ces édifices et le gouvernement provincial ne cesse de couper les fonds pour la gestion et l’entretien des installations physiques. Cela me dit que le gouvernement souhaite privatiser rapidement. »

 

Selon Mikael Swayze, le programme de privatisation de la Société SuperCroissance aura également de graves répercussions pour d’autres travailleuses et travailleurs universitaires. M. Swayze travaille avec la section locale 3902 du SCFP qui représente plus de 3000 assistantes et assistants de recherche et chargés de cours à temps partiel de l’Université de Toronto. Les travailleuses et travailleurs universitaires ont retenu l’attention du pays pendant une grève/lock-out en janvier dernier qui a duré près de quatre semaines. Mikael Swayze voit un lien entre l’annonce de la Société SuperCroissance et les moyens de pression exercés par la section locale 3902.

 

« Le fait que nous ayons dû nous engager dans ce type de perturbation est caractéristique de la décision de dépenser pour de la brique et du mortier et le manque d’attention face aux êtres humains qui permettent aux universités de fonctionner », a-t-il dit.

 

Mais l’histoire ne se termine pas ici. Selon Joël Harden, président ontarien de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCEE), la privatisation mine également l’accès à l’éducation. « À moins que les fonds de construction ne soient accompagnés par des fonds additionnels pour couvrir les coûts des nouveaux programmes et d’une faculté additionnelle, de dire Joël Harden, ces dépenses seront transférées aux étudiantes et étudiants sous forme de frais de scolarité plus élevés. »

 

L’éducation, c’est plus que de la brique et du mortier

 

Janelle Ho-Shing, membre de la section locale 2396 du SCFP, comprend exactement ce que M. Harden veut dire. Mme Ho-Shing travaille pour le Syndicat des étudiantes et étudiants du Collège Douglas à New Westminster (C.-B.) et elle est la représentante des étudiantes et étudiants de couleur au bureau national de la FCEE. Elle souhaite faire une maîtrise en littérature anglaise mais ne peut se permettre le fardeau financier que représente un prêt étudiant. « Microsoft et Nike ne veulent pas financer ces programmes, de dire Janelle Ho-Shing, je ne peux donc pas retourner aux études à moins d’emprunter des milliers de dollars ou de choisir un diplôme pour lequel ces entreprises paient, et ce n’est tout simplement pas une option. »

 

La Société SuperCroissance fait partie d’une tendance troublante en vertu de laquelle les entreprises

contrôlent de plus en plus les priorités de l’éducation. «Ce n’est pas seulement que le gouvernement provincial prend les décisions sur le programme d’étude », de dire Mike Kocsis, président de la section locale 4600 du SCFP, qui représente 1500 assistantes et assistants de recherche et chargés de cours à temps partiel de l’Université Carleton, « mais il encourage les entreprises à jouer un rôle actif pour donner forme à ce programme. C’est une éventualité terrifiante. » Le résultat dans cette affaire est que presque tout l’argent de la Société SuperCroissance est consacré aux programmes de science et de technologie. Les programmes en lettres et sciences humaines ainsi qu’en arts ont été tout simplement ignorés.

 

« C’est une politique publique incroya-blement imprévoyante, d’ajouter Mike Kocsis. Les lettres et les sciences humaines préparent les étudiantes et étudiants à vivre avec un esprit critique et leur donnent la versatilité de travailler dans une économie en évolution. »

 

Bruce Strang, vice-président de la section locale 3906 du SCFP, qui représente plus de 2000 assistantes et assistants de recherche et chargés de cours à temps partiel de l’Université McMaster, à Hamilton (Ontario), est d’accord. « La société a besoin des arts pour se souvenir de son passé, pour analyser et critiquer les médias, pour mettre en contexte les informations avec lesquelles on nous bombarde constamment », de dire M. Strang.

 

Ashkon Hashemi, membre de la section locale 1281 du SCFP de Toronto, ajoute que ce n’est qu’un mythe de dire que les arts ne sont pas ‘rentables’. « Le sous-financement des arts et une formation trop spécifique en sciences sont une mauvaise politique sociale et une mauvaise politique économique, de dire Ashkon Hashemi. « Non seulement les programmes en arts sont-ils essentiels pour construire une société civilisée mais les personnes qui obtiennent un diplôme dans ces programmes sont parmi les personnes qui se trouvent le plus facilement un emploi. » Ashkon Hashemi fait référence à une étude récente qui montre que la demande pour des diplômés en arts augmente de façon significative.

 

Pour sa part, Karen Eryou, de la section locale 2396 du SCFP, croit qu’un programme politique beaucoup plus important est en jeu ici. « Mike Harris sait que la première chose qu’un gouvernement de droite devrait faire s’il souhaite démanteler toute voix efficace de l’opposition, c’est de cesser de financer les arts. » Mme Eryou a étudié l’histoire et la condition féminine à l’Université Lakehead, à Thunder Bay. Elle travaille maintenant comme ombudspersonne de l’Association étudiante du centre-ville du Collège communautaire de Vancouver.

 

« Mon diplôme en arts m’a appris comment défier l’autorité, comment débattre des questions et en discuter. C’est ce que Mike Harris trouve menaçant. » Karen Eryou ajoute : « Nous avons besoin des arts pour nous aider à lutter pour la justice sociale et l’égalité. Les arts nous donnent les outils importants pour participer de façon démocratique à une société complexe et nous aident à défier un ordre mondial de plus en plus militarisé où les classes sont divisées. »

 

Michael Temelini