Message d'avertissement

Attention : cette page est tirée de nos archives. Il se pourrait que notre site Internet contienne des informations plus récentes sur ce sujet. Pour le savoir, utilisez notre moteur de recherche.
La rencontre avec des syndicalistes de cinq pays d’Afrique occidentale a été une révélation pour Joanna Mason.

 

Les militantes et militants se trouvaient au Nigeria, cet été, pour un atelier sur les droits de la personne et le mouvement syndical. En découvrant le titre de l’atelier, leur réaction selon Madame Mason a été :

« Où donc est la différence? » Elles et ils ont tout de suite compris que les deux sont inséparables.

La consoeur Mason, qui travaille dans une bibliothèque de Winnipeg et qui est membre de la section locale 500 du SCFP, participait à l’atelier en tant que vice-présidente du Congrès du travail du Canada, représentant les travailleuses et travailleurs de couleur.

 

« Le syndicalisme se fonde sur les droits de la personne. Sur les droits de la personne non seulement pour une fraction de la population mais pour tout le monde », déclare-t-elle.

 

C’est ce genre d’attitude qu’elle-même ainsi que d’autres militantes et militants du SCFP s’efforcent de promouvoir dans le syndicat. « Au Canada, nous avons tendance à mettre de côté le racisme et la discrimination pour en faire une question séparée, reléguée à l’attention d’un

comité. »

 

Elle a passé les dix dernières années à travailler avec les autres membres du SCFP pour que les questions relatives à l’égalité cessent d’être des préoccupations secon-daires et finissent par occuper une place centrale ou de premier plan dans le syndicat. Elle affirme que les membres du SCFP sont bien placés pour vraiment faire avancer les choses dans leurs milieux de travail, leur syndicat et leur collectivité.

 

« Maintenant plus que jamais, dit Joanna Mason, les employeurs utilisent le racisme et la discrimination pour diviser la main-d’œuvre et miner les syndicats. »

 

Dans son milieu de travail, les emplois de nettoyage sont sous-traités au fur et à mesure que les gens prennent leur retraite.

 

« Le personnel employé par l’entrepreneur contractant est principalement composé de gens de couleur, ajoute-t-elle, payé au salaire minimum, disposant de peu d’avantages et ne bénéficiant d’aucune protection syndicale. Il est difficile pour ces personnes de trouver du travail ailleurs et donc, elles acceptent ces postes. »

 

Recruter ces travailleuses et travailleurs dans le syndicat est une priorité pour Madame Mason : « Si nous ne faisons rien pour les aider, nous verrons de plus en plus de nos emplois donnés à contrat. Le syndicat y perd au change et nous aussi. »

 

La stratégie de son employeur n’est pas exceptionnelle. Prenez des emplois au bas de l’échelle, réduisez la rémunération au salaire minimum, éliminez les avantages, donnez ces emplois aux personnes qui se trouvent déjà marginalisées sur le marché du travail et croisez-vous les bras en pensant que personne ne réagira. Ce n’est pas le cas dans la section locale 500. Madame Mason affirme que sa section locale veut aller plus loin que simplement protéger les emplois du service de nettoyage jusqu’à ce que ces travailleuses et travailleurs prennent leur retraite, pour examiner le moyen de recruter le personnel à contrat.

« En raison de la diversité des membres du SCFP, tous les problèmes doivent être examinés sous différents angles en même temps », de dire Joanna Mason.

 

Par exemple, les travailleuses et travailleurs de couleur ou autochtones sont souvent les derniers embauchés dans un milieu de travail. « Ainsi, quand nous considérons les phénomènes de la sous-traitance, des fusions et de la réduction de personnel, nous sommes souvent les premières personnes à perdre leur emploi », affirme Marie Clarke Walker, une auxiliaire à l’enseignement de Toronto et membre de la section locale 4400 du SCFP.

 

« Nous sommes dans la ligne de mire de tous les côtés, ajoute Madame Walker, qui représente les membres de couleur au Comité exécutif du SCFP-Ontario. Elle affirme que les membres de couleur ou autochtones occupent souvent, dès le départ, des emplois précaires et, en ce sens, sont les plus vulnérables quand l’employeur prévoit des compressions. »

 

Les membres travaillent pour le changement

 

Il existe, au sein du SCFP, un réseau de plus en plus important de membres qui oeuvrent à changer les choses au travail et dans le syndicat. Le réseau comporte entre autres trois comités de l’égalité forts et ac-tifs à l’échelle nationale : le Comité arc-en-ciel, coprésidé par Madame Mason et qui représente les membres de couleur et autochtones; le Comité du triangle rose, qui représente les gais et lesbiennes et le Comité des femmes.

 

« Ces comités mènent ensemble plusieurs projets (voir encadré). Et leur excellent travail fait avancer les choses, lentement mais sûrement », affirme Fred Loft.

 

« Au SCFP, j’ai constaté un changement au niveau du personnel qui comporte plus de gens de couleur ou autochtones », ajoute Loft qui copréside le Comité arc-en-ciel. Col bleu à Hamilton et président de la section locale 5 du SCFP, M. Loft affirme que le syndicat a fait beaucoup de progrès depuis dix-huit ans qu’il en est membre mais que la lutte n’est pas terminée.

 

« Quand j’ai adhéré au SCFP et que j’ai assisté à un congrès pour la première fois, j’ai constaté qu’il n’y avait aucune autre personne autochtone parmi les délégués… Et j’ai compris que quelque chose clochait parce que ces personnes existent », dit Fred Loft.

 

« Inciter à la participation ces membres et d’autres membres du SCFP qui, d’ordinaire, ne prennent aucune part aux acti-vités du syndicat est essentiel pour consolider le syndicat, ajoute M. Loft. Quand nous travaillons ensemble, nous pouvons soulever des montagnes. »

 

La solidarité est le message clef au cœur de tout le travail du SCFP en matière d’égalité. Parce que la discrimination cons-titue un problème syndical. Les employeurs et le gouvernement sont ravis quand les membres des syndicats sont divisés et se craignent mutuellement.

 

« C’est un jeu vieux comme la terre : diviser pour régner », affirme le coprésident du Comité du triangle rose, François Bellemare. Il ajoute qu’il est difficile de défendre les membres contre la sous-

traitance, les concessions et la privatisation quand les travailleuses et travailleurs ne forment pas un bloc solidaire. Il faut également établir des balises pour nos employeurs.

 

Nous devons donner à nos employeurs le bon exemple. Si nous voulons faire échec à la discrimination dans nos milieux de travail, nous devons y mettre un terme dans le syndicat », ajoute M. Bellemare, un agent de bord de Montréal pour les Lignes aériennes Canadien.

 

« Nous ne pouvons pas changer ce qui se passe ailleurs à moins de prendre les moyens nécessaires pour y parvenir dans notre syndicat », approuve Madame Walker.

 

Consolider le SCFP

 

Il est essentiel de représenter les membres et de les inciter à la participation pour mener à bien toutes les luttes et les campagnes de recrutement du SCFP. C’est également crucial pour les structures décisionnelles du SCFP. Parce que notre syndicat est d’autant plus fort que chaque membre y joue un rôle.

 

C’est la raison pour laquelle les membres des comités de l’égalité attendent avec impatience la tenue du Congrès national. Une résolution statutaire sous l’égide du Conseil exécutif national propose d’ajouter deux postes de vice-présidence de la diversité au CEN.

 

« C’est excellent, dit Madame Mason, parce que ces deux postes constituent une façon de plus de faire le travail. Nous ne sommes pas encore au bout de nos peines mais c’est un pas important.

 

« En termes de recrutement, c’est très efficace, dit-elle encore. Si une travailleuse ou un travailleur constate que les instances décisionnelles tiennent compte de leur point de vue et le reflètent adéquatement, ces personnes auront un meilleur sentiment d’appartenance au syndicat. »

 

Grâce à l’ajout de nouvelles voix au Conseil, les questions relatives à la diversité demeureront des priorités, dit François Bellemare. Quand sa section locale luttait pour obtenir des avantages pour les couples de même sexe, « le fait d’avoir un membre dans cette situation au comité de négociation a permis des progrès beaucoup plus rapides à ce chapitre. » Et, en fin de compte, ces personnes ont gagné la bataille.

 

Tout comme les régions ont des membres pour les représenter, les membres de couleur et autochtones devraient en avoir aussi parce que ces personnes comprennent la question mieux que quiconque.

« Le processus au CEN continuera d’être démocratique », affirme Madame Walker qui apprécie grandement le travail qu’elle accomplit au Conseil exécutif de l’Ontario. « Le fait d’avoir des membres qui s’expriment en notre nom au Conseil enrichira les discussions qui débouchent sur des décisions. Et c’est tellement important. »

 

Les trois comités de l’égalité travaillent de concert et mobilisent les membres en vue du soutien à la résolution du Congrès. « C’est beau de voir comment nous conjuguons nos efforts pour tendre vers cet objectif », affirme le confrère Loft.

 

La résolution du CEN suit l’exemple de membres en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique, qui ont voté récemment l’inclusion de postes de la diversité au bureau de direction de leur division respective.

La consoeur Mason espère que l’inclusion de membres de couleur et autochtones soulèvera un débat profitable au sein du SCFP, un débat qui consolidera la position du syndicat. « Personne ne devrait craindre d’aborder les questions du racisme et de la discrimination parce qu’elles ont des répercussions sur l’ensemble d’entre nous, dit-elle. Si nous ne pouvons pas aborder honnêtement ces questions, nous ne pouvons pas franchir l’étape suivante qui est l’édification d’une véritable culture de la solidarité. C’est la raison d’être de ce syndicat. »

 

Karin Jordan