L’année dernière, les femmes ont quitté la population active en nombre record. Qui sont-elles et pour quelle raison quittent-elles?

Plus de 80 000 femmes ont quitté la population active au Canada en 2014. Leur taux de participation à la population active est actuellement de 61,6 pourcent, soit le taux le plus faible depuis 2002. C’est tout un revi­rement de situation après des décennies d’augmentation continue de la participation des femmes à la population active.

Canada's labour force is missing something: Women

Comme il y a eu une très faible hausse de l’emploi des femmes l’année dernière, si leur participation à la vie active n’avait pas baissé en 2014, le taux de chômage des femmes aurait augmenté de 6,4 pourcent à 7,3 pourcent. Le taux de chômage annuel aurait été le plus élevé en 15 ans, plus élevé même que lors de la récession de 2009-2010.

Le départ des femmes de la population active est source de préoccupation pour de nombreuses raisons. Une faible parti­cipation à la population active ralentira la croissance économique à long terme. Le Canada et d’autres pays du G20 ont donc convenu en novembre dernier d’établir un objectif de réduction de l’écart de partici­pation selon le sexe de 25 pourcent d’ici 2025. Malheureusement, quelques mois plus tard, l’écart concernant le taux de participation des femmes à la population active s’est élargi au lieu de se réduire.

Lorsque les femmes n’obtiennent aucun revenu, leur situation financière et celle de leur famille en souffre. Les recettes des gouvernements diminuent également. Si les femmes quittent la population active à cause du manque de possibilités, des salaires insuffisants, de la surcharge de travail ou des lourdes responsabilités familiales, il faut s’en inquiéter.

La baisse générale de la participation à la population active est attribuable en partie au vieillissement de la population. Les taux de participation baissent naturel­lement lorsqu’une portion importante de la population atteint l’âge de la retraite. Ce phénomène explique pratiquement toute la baisse de la participation des hommes à la population active, mais elle n’explique pas la remarquable baisse de la participation des femmes. Les baisses les plus importantes de la participation à la population active concernent les femmes de 40 à 54 ans. Entre-temps, la participation à la population active des femmes de 15 à 24 ans et des femmes de 60 ans et plus continue d’augmenter.

Le recul des femmes au sein de la population active se produit partout au Canada. Pour la première fois depuis 1977, les taux de participation des femmes ont baissé dans toutes les provinces en 2014. La baisse dans certaines provinces était toutefois considérablement plus importante que dans d’autres.

Qu’est-ce qui explique cet exode? Selon une analyse préliminaire réalisée par les Services économiques TD, il est attribuable à trois facteurs : une baisse de l’emploi dans des secteurs à prédominance féminine (santé, services sociaux, éducation, vente au détail et administration publique), les maternités plus tardives (femmes de 40 ans et plus) et la faible participation des femmes immigrantes à la population active.

Cependant, une analyse plus poussée utilisant des chiffres révisés sur la population active pour l’ensemble de l’année montre que ces facteurs ont probablement joué un rôle mineur. Nous devons donc chercher les explications ailleurs.

En réalité, les taux de participation à la population active ont baissé au même rythme pour les femmes nées au Canada et pour les femmes immigrantes. En effet, la part croissante des immigrantes reçues dans la population active participant peu au marché du travail explique moins de 10 000 départs. Les taux de fécondité ont augmenté pour les femmes plus âgées, mais cette augmentation a été plus que compensée par la baisse des taux de fertilité pour les femmes plus jeunes. Ce facteur ne devrait donc pas expliquer une baisse globale de la participation de l’ensemble des femmes à la population active.

Secteur public et secteur privé confondus, les domaines où la main-d’œuvre féminine a connu la baisse la plus remarquable en 2014 étaient l’industrie manufacturière, le commerce de détail, les finances et les assurances, l’administration publique et l’information, ainsi que la culture et les loisirs. L’emploi des femmes âgées de 25 à 54 ans a baissé de 80 000 emplois au total dans ces cinq domaines, alors que l’emploi des hommes a augmenté dans tous ces domaines, à l’exception de l’administration publique.

Les taux de participation ont baissé pour les femmes de tous les niveaux de scolarité, mais la baisse la plus forte concernait les femmes ayant les niveaux de scolarité les moins élevés. Les professions où l’emploi des femmes a le plus diminué sont : commis (36 000 emplois perdus), métiers, travailleuses du domaine du transport et de la construction, opératrices d’équipement (14 000), professionnelles de la santé (16 000) et gestionnaires (13 000).

À l’échelle internationale, il est démontré que les pays où les écarts de salaire entre les hommes et les femmes sont élevés connaissent une plus faible participation des femmes à la population active. Les coûts élevés de la garde d’enfants et la prestation de soins pour les aînés et autres personnes à charge ont considérablement réduit la participation des femmes à la population active.

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Peu de progrès ont été réalisés pour réduire les écarts de salaire entre les femmes et les hommes. En réalité, l’écart s’est élargi au cours des dernières années. Les politiques économiques du gouvernement Harper ont en grande partie mis l’accent sur les secteurs de la construction, de l’extraction des ressources, ainsi que sur les industries militaires et de la sécurité, qui sont tous dominés par les hommes.

Les conservateurs privilégient aussi les valeurs familiales traditionnelles. Le rejet gouvernemental de la mise en place de services de garde d’enfants à coût abor­dable, les compressions affectant la santé et les services sociaux et l’adoption de mesures fiscales qui incitatent les femmes à demeurer à la maison ont aussi problament joué.

Des éléments probants démontrent également que de plus en plus de travail­leurs estiment avoir une surcharge de travail. Selon un sondage du Globe and Mail, 60 pourcent des travailleurs se sentent stressés et énervés au travail.

Dans ce contexte, nous comprenons mieux les raisons pour lesquelles les femmes quittent la population active au Canada en nombre record, pourquoi c’est inquiétant et ce que nous pouvons faire pour lutter contre ce phénomène.