Canada's hidden dimensions of inequality

Alors que les États-Unis confrontent souvent directement leurs injustices sociales, au Canada, nous avons tendance à prétendre qu’elles n’existent pas. De plus, lorsque les inégalités historiques ne peuvent pas être niées, on s’excuse vite fait, puis on passe à autre chose.

Les États-Unis compilent par exemple des statistiques mensuelles sur la popu­lation active selon la race depuis des décennies. Au Canada, les Enquêtes sur la population active (EPA) ne comportent aucune information distincte sur la race, les personnes handicapées et les autres groupes en quête d’égalité. De plus, l’EPA et la plupart des enquêtes ne tiennent pas compte de la situation sur les réserves autochtones. David Macdonald du Centre canadien des politiques alternatives estime que si c’était le cas, les taux de chômage et de pauvreté seraient plus élevés en particulier dans les provinces de l’Ouest.

En fait, les données limitées dont nous disposons démontrent, toutes proportions gardées, que les Autochtones du Canada font face à de plus grandes inégalités que les Afro-Américains. C’est le cas, pour la mortalité infantile, le niveau d’éducation, les taux d’incarcération et de chômage, le revenu et l’espérance de vie. Ce traitement de deuxième classe se reflète aussi au niveau des soins de santé et de d’autres services publics, comme l’a documenté le Wellesley Institute.

Au Canada, les conditions des travail­leurs racisés au chapitre du revenu, de la pauvreté et de l’emploi sont grandement inférieures à la moyenne et ne sont pas en voie de s’améliorer. Pour les femmes racisées, c’est encore pire. Les femmes sont plus susceptibles d’occuper des emplois précaires et le sondage mené auprès des membres du SCFP indique que les travailleurs racisés sont dans la même situation.

Dans un monde où l’information est synonyme de pouvoir, l’élimination par le gouvernement Harper du financement destiné à l’Institut de la statistique des Premières Nations et au Conseil national du bien-être social, de même que l’abolition du recensement long, sont des gestes éminemment politiques. C’est encore plus évident quand ce gouvernement consent des milliards de dollars en allègements fiscaux supplémentaires aux Canadiens les plus riches.

Le Canada est un pays de plus en plus diversifié, mais nous ne sommes certainement pas tous égaux. L’écart du revenu entre les femmes et les hommes a peu diminué au cours de la dernière décennie et le bilan canadien en la matière n’est guère plus reluisant que celui des États-Unis. Pourtant des bonnes politiques publiques peuvent faire la différence. En effet, les écarts salariaux entre les femmes et les hommes sont moindres dans les juridictions où des lois sur l’équité salariale sont en vigueur. Comme le soutient le SCFP, nous avons besoin de lois fortes sur l’équité salariale et de mesures favorisant l’équité en matière d’emploi. Soulignons que l’écart salarial entre les hommes et les femmes est beaucoup moins important dans le secteur public et dans les milieux syndiqués que dans les milieux non syndiqués. Des services publics de qualité contribuent aussi puissamment à réduire les inégalités.

Avec la refonte prévue des Enquêtes sur la population active, nous pourrions disposer d’un portrait plus précis de notre population active et de ses multiples composantes au chapitre des inégalités sociales. En ne tenant pas compte de certains groupes, on fausse la donne sociale mais aussi économique. Les Autoch­tones du Canada et les immigrants vont en effet contribuer de façon significative à la croissance de la population active canadienne dans les prochaines décennies. Si nous ne pouvons mesurer avec exactitude ce phénomène, nous négligeons notre avenir.