Pour de nombreux travailleurs et leurs familles, le marché de l’emploi va de mal en pire. Les inégalités s’approfondissent, les travailleurs s’habituent à diminuer leurs attentes, et nous sommes plus nombreux à vivre dans l’incertitude chronique, car les emplois deviennent de plus en plus précaires. 

Le travail précaire désigne les emplois rémunérés caractérisés par :

  • une diminution de la sécurité d’emploi;
  • une diminution de la continuité du travail;
  • des niveaux de rémunération inférieurs;
  • une diminution du contrôle du travailleur sur ses conditions et son rythme de travail;
  • un accès limité ou nul aux régimes de soins de santé et aux avantages sociaux; et
  • ​une pression de l’employeur pour obtenir une plus grande flexibilité de la part des travailleurs, ce qui contribue à augmenter les emplois à temps partiel ou à durée déterminée et à diminuer les emplois réguliers à temps plein.

Les recherches actuelles suggèrent que 25 à 35 pour cent de tous les emplois au Canada comprennent une ou plusieurs caractéristiques du travail précaire.

Les conditions ayant entraîné la précarité du travail au Canada comprennent quatre décennies de mondialisation économique et un déferlement d’accords commerciaux internationaux qui accroissent le pouvoir des employeurs. Des emplois réguliers à plein temps ont été éliminés notamment dans les secteurs de la fabrication, des services et dans le secteur privé. Entre-temps, les grandes entreprises et les employeurs augmentent leurs attaques contre les conditions de travail, les normes de niveau de vie et les syndicats. Les gouvernements réduisent leurs engagements envers les travailleurs, les familles et les collectivités et abandonnent leur rôle de protection des droits des travailleurs.

Le SCFP national a récemment publié les résultats d’un vaste sondage auprès des membres qui permet une meilleure compréhension de la démographie et de la diversité du SCFP, ainsi que la mesure dans laquelle les membres sont confrontés au travail précaire.

La précarité de l’emploi est à la hausse

Un vaste sondage effectué récemment par le SCFP national montre que les membres touchés par les emplois précaires travaillent majoritairement à temps partiel, occasionnellement, sur appel ou à contrat. De nombreux groupes qui revendiquent l’équité sont surreprésentés dans les emplois précaires ou dans les catégories vulnérables, notamment les femmes, les jeunes travailleurs, les membres racialisés, les non-citoyens, et les personnes parlant une autre langue à la maison, ainsi que celles qui se déclarent atteintes de troubles physiques ou mentaux.

Deux fois plus de femmes sont susceptibles d’occuper des emplois à temps partiel ou occasionnels. Les femmes sont plus susceptibles de travailler moins de 30 heures par semaine sans avantages sociaux et de subir une réduction de leurs heures de travail.

Les jeunes travailleurs, soit ceux de moins de 35 ans, représentent 21 pour cent des membres du SCFP. Ils sont susceptibles de travailler moins de 30 heures par semaine et d’obtenir moins d’avantages rattachés à l’emploi, comme un régime de pension d’employeur ou des congés de maladie.

Effet du transfert des pouvoirs depuis des décennies et de la flexibilité du marché du travail 

Les travailleurs qui ont un emploi précaire sont plus que jamais à la merci des forces du marché et du pouvoir économique des employeurs. Ils travaillent plus fort, pour des salaires inférieurs, occupent des emplois plus précaires et non sécuritaires, et se retrouvent avec moins de ressources lorsque leurs emplois disparaissent. Les gains de la croissance économique ont servi à enrichir les entreprises et les personnes les plus riches.

La plus grande flexibilité du marché du travail provient de la déréglementation du marché du travail qui a donné plus de pouvoir aux employeurs grâce à la réduction des normes législatives et des protections en milieu de travail.

Pour les aides-enseignants de la C.-B., l’offensive pour « assouplir » le travail a mené à la réduction de leurs heures de travail dans la plupart des districts scolaires avec une nouvelle norme d’emploi où les aides-enseignants sont payés uniquement pour leurs périodes de travail en contact avec les élèves. Les aides-enseignants sont mal payés pour leurs heures de travail et par conséquent, de nombreux parmi eux cherchent un emploi supplémentaire. Le SCFP lutte contre cet état de fait en négociant une augmentation des frais d’apprentissage pour améliorer les salaires des emplois à temps partiel.

Un nombre toujours croissant de travailleurs auxiliaires se joignent aux unités de négociation du SCFP du secteur municipal, et beaucoup d’entre eux n’ont pas d’heures de travail, de conditions de travail ni de revenus stables et prévisibles. De nombreux membres qui travaillent comme sauveteurs doivent faire face à d’autres exigences pour maintenir le renouvellement de leur certification à leurs propres frais, un fardeau supplémentaire qui s’ajoute aux bas salaires.

Dans les bibliothèques publiques, les emplois de plus en plus précaires nuisent à la qualité des services. L’utilisation accrue de la technologie et des emplois à temps partiel a pour effet de réduire les revenus et la sécurité d’emploi des employés de bibliothèque. Des employés professionnels, stables et à temps plein sont la meilleure garantie de services de qualité pour le public.

Les universités utilisent trop fréquemment des travailleurs occasionnels universitaires, dont beaucoup sont membres du SCFP. Ces personnes occupent pendant des années des postes à durée déterminée qui peuvent être renouvelés (ou non), ce qui entraîne une incertitude chronique en matière d’emploi. Les travailleurs occasionnels sont souvent incapables d’accumuler de l’ancienneté, ont un accès limité aux avantages sociaux, et ont peu de protection contre les licenciements arbitraires. Certains services emploient constamment des travailleurs occasionnels à longueur d’année. Les emplois temporaires et à temps partiel sont courants chez les enseignantes et enseignants, en partie parce qu’ils sont simultanément étudiants.

La grande majorité des employés dans le secteur des services sociaux sont des femmes, et il y a un nombre élevé d’employés occasionnels ou à temps partiel qui n’ont pas d’avantages sociaux. De nombreux jeunes travailleurs ou ceux à temps partiel doivent avoir plus d’un emploi pour joindre les deux bouts et nourrir leurs familles. Au cours de la dernière ronde de négociations, le secteur des services généraux et le secteur de l’intégration communautaire ont établi un protocole d’entente pour examiner les effets du travail précaire et des emplois occasionnels et à temps partiel sur les employés et sur la continuité des soins.

Une charte pour la démocratie économique au XXIe siècle

Les tendances et la nature du travail précaire touchent tout le monde dans la société civile. Au lieu de suivre le programme néo-libéral, nous avons besoin d’un système qui soit axé sur le bien public plutôt que sur les profits privés. Nous devons examiner des façons nouvelles et créatives pour atteindre les travailleurs précaires et pour leur donner une occasion authentique de prendre la parole au sein des structures de notre syndicat. Et nous devons lutter contre nos employeurs pour réussir à établir les modifications nécessaires pour briser le cycle croissant de la précarité dans nos emplois et dans nos collectivités.

Guy Standing dit, dans son ouvrage, A Precariat Charter: From Denizens to Citizens (Bloomsbury, 2014), que nous avons besoin d’une nouvelle Magna Carta pour mettre fin à la dissolution des systèmes sociaux, aux attaques contre les syndicats et le démantèlement de l’éducation. L’une des solutions proposée par Standing pour émanciper le « précariat » et renforcer la capacité des gens à dire non au néo-libéralisme est un revenu de base pour tous les citoyens. « Les gens doivent avoir un sentiment de sécurité si nous voulons avoir une force collective, » dit-il.