Faites savoir à votre ministre provincial des Finances que vous appuyez la bonification du RPC. Pour agir, visitez le scfp.ca/regimes-de-retraite!

De plus en plus d’opposants de longue date à la bonification du Régime de pensions du Canada (RPC) et de la Régie des rentes du Québec (RRQ) reconnaissent soudainement la nécessité d’améliorer le système de retraite public sans but lucratif. Malheureusement, ils préconisent une bonification extrêmement modeste et à portée limitée du RPC et du RRQ.

De nombreuses chambres de commerce et groupes de pression du milieu de la finance ainsi que l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes soutiennent en effet que la bonification du RPC et RRQ ne devrait pas s’appliquer aux personnes à faible revenu. Elle ne devrait pas non plus bénéficier aux personnes à revenu élevé qui, selon eux, sont mieux servies par les régimes de retraite privés à but lucratif. La réforme devrait s’appliquer uniquement à une partie de la classe moyenne et ce petit nombre de travailleurs aurait droit à une hausse « modeste » des prestations de RPC et RRQ, rien de plus.

Or, exclure autant de personnes serait lourd de conséquences.

Actuellement, tous les travailleurs participent au RPC-RRQ de façon équitable. L’ajout d’exceptions pour les travailleurs gagnant un certain revenu viendrait compliquer la gestion des régimes publics. Il faudrait alors consacrer une plus grosse portion des cotisations aux frais de gestion. Il est donc plus simple et efficace de bonifier le RPC et le RRQ de la même manière pour tout le monde.

De plus, en ne faisant pas profiter les personnes à faible revenu de la bonification, on encouragerait les employeurs à contourner le système. Certains suggèrent d’appliquer les nouveaux taux de cotisation et de prestation seulement aux personnes gagnant plus de 27 500 dollars par année. Cela inciterait les employeurs à offrir des salaires inférieurs et des postes procurant moins d’heures de travail afin de garder le revenu sous ce seuil et ainsi payer moins de cotisations. Cela se traduira par la transformation de postes à plein temps en postes précaires à temps partiel. Les gouvernements canadiens ne devraient pas encourager la précarité d’emploi. Les travailleurs méritent de bons emplois et nos gouvernements devraient faire leur part pour les conserver.

Si les ministres des Finances se soucient vraiment des perspectives de retraite des personnes à faible revenu, ces derniers doivent profiter de la bonification du RPC et du RRQ. Sous un régime amélioré, les personnes à faible revenu verraient leur revenu à la retraite augmenté comme celui des autres travailleurs. Et si les ministres des Finances s’inquiètent de la diminution des montants versés à ces travailleurs en vertu du Supplément de revenu garanti, ils n’ont qu’à ajuster le programme au lieu de sacrifier l’universalité du système de retraite public.

Selon les sondages, les Canadiens, peu importe leur revenu, appuient fortement la bonification du RPC et du RRQ. En campagne électorale, les libéraux fédéraux ont promis de bonifier le RPC, sans faire aucune mention de possibles restrictions.

Le secteur canadien de l’assurance, qui vend de nombreux produits de retraite privés à but lucratif, s’oppose depuis longtemps à la réforme du RPC et du RRQ. C’est au Canada qu’on paie les frais de gestion les plus élevés au monde sur les fonds communs de placement qui font partie de nos REER. Ces compagnies n’ont pas intérêt à ce que ça change.

Dans les années 1960, le secteur de l’assurance a mené une vaste campagne dans l’espoir d’empêcher la mise sur pied du RPC. Pour sa part, le mouvement syndical était convaincu que l’accès de tous les travailleurs à un régime de retraite au travail n’était pas pour demain. C’est pourquoi, il a réclamé à l’époque que les prestations versées en vertu du futur RPC soient plus élevées. Le gouvernement avait fini par couper la poire en deux en créant un régime de retraite public offrant des prestations beaucoup trop modestes. Les élus d’alors étaient convaincus que les régimes de retraite au travail se répandraient pour combler le manque à gagner. Cela ne s’est jamais produit. La prestation cible du RPC demeure d’ailleurs à peu près la même aujourd’hui qu’au moment de la création du régime.

Dans les années 1980, constatant que la plupart des travailleurs ne bénéficiait pas d’un régime de retraite privé, les syndicats ont réclamé qu’on double les prestations du RPC et du RRQ. L’industrie de l’assurance et les autres groupes de gens d’affaires ont réussi à bloquer le projet en faisant miroiter une croissance des régimes de retraite au travail et des véhicules d’épargne privés dans les prochaines décennies.

Ils ont eu tort sur toute la ligne. Depuis, les régimes de retraite au travail sont en recul. Ce n’est pas donc étonnant que nous soyons devant une crise des retraites.

Si nous avions écouté le secteur de l’assurance dans les années 1960, nous n’aurions pas de RPC et de RRQ aujourd’hui. Si nous avions ignoré leur avis dans les 1980, les baby-boomers prendraient leur retraite en pouvant compter sur de plus grosses prestations du RPC et du RRQ, au lieu de vivre dans l’insécurité en raison des lacunes du système actuel. La situation de leurs enfants s’annonce pire, à moins que nous agissions dès maintenant.

Les ministres des Finances devraient tirer des leçons de l’Histoire, lorsqu’ils évalueront, la semaine prochaine, les conseils biaisés du secteur de l’assurance.

Depuis 50 ans, le message du mouvement syndical est simple : le RPC et le RRQ fonctionnent, tant au niveau de la couverture offerte, de la sécurité des prestations que de la protection contre l’inflation. Leur seul défaut est le faible niveau des prestations versées. C’est pourquoi il faut bonifier les prestations pour tous les travailleurs. Trop se fier au système privé des retraites n’a pas fonctionné et ne fonctionnera pas pour la majorité des Canadiens.

Les Canadiens appuient massivement l’idée de mettre un peu plus d’argent de côté dès maintenant pour profiter d’une retraite décente. Nos ministres des Finances ont le devoir d’écouter la population et de bonifier le RPC et RRQ pour tous.

Mark Hancock est le président national du Syndicat canadien de la fonction publique. Le SCFP est le plus grand syndicat au Canada. Il compte plus de 635 000 membres.