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À l’instar du Wisconsin, au Canada, la situation se prête à une attaque contre l’éducation postsecondaire

le 17 mars 2011 12 h 13
 

La loi de « réparation budgétaire » du Wisconsin est lourde de conséquences pour non seulement les syndicats, mais aussi tous les autres services publics de l’État. Le système d’éducation postsecondaire du Wisconsin a subi d’importants changements dont les Canadiens ont intérêt à prendre note. Déjà, nos universités ont commencé à faire de telles coupures et d’autres coupures et initiatives de privatisation pourraient nous attendre.

Au Canada, de nombreux administrateurs universitaires ont adopté la vision d’une entreprise universitaire, caractérisée par un modèle de gestion de type « corporatif ». En effet, il existe un consensus grandissant parmi les administrateurs et les dirigeants des établissements d’enseignement supérieur quant au rôle et à la nature des universités publiques comme des acteurs du marché qui seraient mieux gérés selon des idées émanant du marché.

C’est cette transformation qui a, du moins en partie, mené à l’augmentation du nombre de campus privatisés – première étape de la mise en place des changements que Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, vient d’imposer à Madison, capitale de l’État où se trouve l’assemblée législative.

Le programme mis de l’avant par le gouverneur Walker nous donne un aperçu de ce que l’avenir pourrait réserver aux Canadiens ici si nous ne réussissons pas à repousser la vague de corporatisation et de privatisation qui déferle sur nos campus et nos collectivités.

Mise en contexte des coupures dans l’éducation postsecondaire

Les budgets des universités canadiennes subissent des coupures depuis déjà un certain temps.

Ironiquement, ce sont les « quatre gros », soit les grands cabinets de vérificateurs et de services-conseils, qui ont contribué à définir la crise et qui conseillent maintenant les universités sur les meilleures façons de s’en sortir. Plusieurs universités et collèges d’un bout à l’autre du Canada ont commencé à mettre en œuvre l’optimisation des ressources – un processus d’examen que ces cabinets ont mis au point pour réduire les coûts d’administration et de soutien à l’éducation et favoriser la privatisation.

Les grandes sociétés privées de la planète se servent de la crise économique pour dissimuler leurs attaques contre le secteur public, dont l’éducation postsecondaire. Ces sociétés, de concert avec des groupes de réflexion conservateurs et les grands cabinets de vérificateurs et de services-conseils, ont préparé le terrain à une attaque contre les services publics et les syndicats de la fonction publique.

Pour en savoir plus sur l’influence qu’exercent les entreprises privées dans les campus universitaires, cliquez ici, iciet ici.

Associations étudiantes et syndicats d’aides enseignants au cœur de la protestation

Sans surprise, en réaction aux coupes draconiennes et aux tentatives de privatisation de l’éducation postsecondaire, 800 étudiants universitaires sont sortis de classe et ont pris les rues d’assaut pour protester contre le budget du gouverneur Walker.

Ces étudiants ont très bien saisi les conséquences catastrophiques de ce budget et l’urgence d’agir. Aussi, ils ont très bien compris qu’ils partagent la cause des travailleurs du secteur public, dont ceux employés sur leur campus.

Le budget proposé par le gouverneur Walker ferait perdre au réseau de l’University of Wisconsin (UW) 250 millions en financement de l’État. La moitié des coupures serait assumée par le campus UW-Madison et l’autre moitié, par les autres campus. L’UW est un des plus grands systèmes publics d’éducation supérieure aux États-Unis. Il est fréquenté par près de 182 000 étudiants chaque année et emploie plus de 32 000 professeurs et travailleurs de soutien à l’échelle de l’État. Une partie du plan budgétaire vise à séparer le campus de Madison du reste du réseau de l’UW.

La restructuration que prévoit le projet de loi, par exemple en retirant le campus de Madison du réseau de l’UW, en envisageant un retrait similaire du campus de Milwaukee et en adoptant un modèle plus commercial pour l’ensemble des universités, constitue une privatisation de fait. Le projet de loi aurait d’autres incidences sur l’éducation postsecondaire, notamment :

  • l’élimination progressive d’un programme de bourses d’études à l’intention des étudiants à faible revenu et de première génération;
  • l’élimination du droit des sans-papier de payer les mêmes frais de scolarité que paient les étudiants résidents de l’État à l’UW-Madison;
  • l’autorisation pour tous les campus offrant des programmes de quatre ans de créer une école à charte.

Étant donné que la situation au Canada se prête déjà à des coupures similaires, grâce à l’ingérence grandissante des entreprises dans les campus universitaires, les étudiants et les syndiqués dans les campus canadiens devraient en prendre bonne note. Les attaques livrées contre l’éducation postsecondaire peuvent avoir de graves conséquences sur la qualité, l’abordabilité et l’accessibilité de notre système. Il devient de plus en plus important de lutter contre la privatisation de nos campus.

Bien que la situation au Wisconsin puisse s’avérer troublante pour plusieurs, les manifestations démontrent l’incroyable potentiel de créer de puissantes alliances entre étudiants, militants communautaires, syndiqués et syndicats. Le pouvoir qu’ont tous ces groupes de travailler ensemble pour lutter contre la privatisation et la corporatisation est central dans la lutte pour garantir la qualité et l’accessibilité des services publics.

Pour en savoir plus sur la situation à Madison :

Lisez des articles antérieurs du SCFP portant sur la privatisation des campus universitaires :