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CUPE P3 Symposium

Les experts qui ont pris part à un colloque du SCFP sur la privatisation ont puisé dans une vaste source d’exemples canadiens et internationaux pour tirer une conclusion claire : privatiser les résidences pour personnes âgées à Terre-Neuve-et-Labrador n’aurait économiquement aucun sens, en plus de mettre en danger les aînés les plus vulnérables. 

Ce symposium s’est déroulé à la veille de la rencontre annuelle des premiers ministres provinciaux, qui se déroule cette année à St. John’s. L’événement regroupait une assistance variée au sein de laquelle on retrouvait notamment des défenseurs des droits des citoyens, des élus, des décideurs et des citoyens qui se sentent interpellés par cette problématique.

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Le gouvernement conservateur provincial a l’intention de conclure une entente de privatisation de 25 ans avec quatre centres de soins de longue durée. Ce projet de partenariat public-privé (PPP) a été rendu public le 30 juin dernier, et le gouvernement se précipite pour le réaliser avant la prochaine élection. Le contrat pourrait être signé aussi rapidement qu’au début d’octobre.

Le président du SCFP à Terre-Neuve et Labrador, Wayne Lucas, critique vivement cet empressement à vouloir privatiser des services publics. Et il a mis les conservateurs au défi : « Laissez la population en décider lors du scrutin, premier ministre Davis ».

Le président national du SCFP, Paul Moist, a indiqué qu’à compter de maintenant, cette importante question sera discutée dans chaque foyer de la province. « À compter de maintenant et jusqu’au jour de l’élection, nous serons présents dans toutes les communautés pour expliquer qu’il faut rejeter l’idée de privatiser les soins de longue durée », dit-il.

Melissa Newitt a fort efficacement résumé en quoi la qualité des soins que reçoit sa grand-mère en Ontario seront en danger si on les privatise. « Prendre soin des aînés que nous aimons tout en réalisant des profits sont deux objectifs qui sont en opposition directe », a plaidé madame Newitt, qui est coordonnatrice intérimaire à la Coalition canadienne de la santé.

Elle a aussi illustré à quel point les soins de santé privés coûtent plus cher, offrent moins de services, en plus d’être liés à une moins bonne santé générale des patients. Cette situation se traduit par un taux plus élevé d’hospitalisations, ainsi qu’à une plus forte utilisation d’antidépresseurs et d’antipsychotiques.     

« En bout de ligne, le débat sur la privatisation devient une question éthique et morale. Les Canadiens accordent une grande valeur aux soins de santé. Ils perçoivent cet enjeu comme étant une question de justice et d’équité. C’est donc une grande valeur canadienne. Et nous allons à l’encontre de cette grande valeur canadienne en envisageant ces PPP », a soutenu Melissa Newitt.

Se prononcer contre ce projet de privatisation, c’est aussi prendre la défense d’aînés qui sont vulnérables », a pour sa part plaidé Karl Kavanagh, qui est membre du conseil d’administration du Conseil des Canadiens. 

Avec ses frères et sœurs, monsieur Kavanagh peut venir à la défense de sa mère, qui habite dans une résidence de soins de longue durée. « Mais il y a des légions de résidents qui n’ont pas de famille. Ces gens ont besoin de vous et moi, et d’organisations comme le SCFP, pour s’assurer que leurs voix soient entendues. »

Paul Moist a fait un lien direct entre l’émergence des PPP à Terre-Neuve-et-Labrador et les neuf ans de règne des conservateurs sur la scène fédérale à Ottawa. Depuis 2006, le gouvernement Harper a déployé beaucoup d’efforts en créant une agence consacrée uniquement aux PPP, et qui finançait ces combines. Les conservateurs fédéraux ont aussi obligé tous les projets de plus de $100 millions à être revus et considérés comme éligibles à devenir des PPP.

« Cette façon de faire n’a rien à voir avec les chiffres, et beaucoup à voir avec la politique », a déploré Moist.

Toutefois, les gouvernements municipaux et provinciaux « ne veulent pas se faire dicter quoi faire », a souligné Moist. « Nous devons donc supporter les élus qui se tiennent debout et qui défendent l’autonomie de leur niveau de gouvernement, et qui refusent de se faire imposer la manière de construire leurs infrastructures. »

Les détails contractuels des PPP sont tenus loin du regard de la population, ce qui a pour effet de créer ce que l’économiste Hugh Mackenzie appelle une « zone où les faits n’existent pas ». À de multiples reprises, les demandes d’information formulées par Mackenzie au sujet des PPP lui ont valu de recevoir des documents tellement caviardés qu’ils laissaient de public dans le noir le plus total.

Mackenzie a énuméré les avantages économiques clairs et réels qu’on peut obtenir en préservant le  caractère public des infrastructures. Les gouvernements peuvent notamment emprunter à moindre coût sur les marchés, et ils sont nettement mieux placés que les corporations pour assumer les risques inhérents à la construction de telles facilités.    

Mackenzie et l’avocat Steven Shrybman ont tous deux révélé, en détail, les faramineux frais encaissés par des consultants, des financiers, des avocats et d’autres intervenants dans l’élaboration des PPP. Et tous ces gens ont une chose en commun : ils ne veulent être tenus responsables de rien. « S’il y a des risques, les avocats travaillent très fort pour que leurs clients n’aient pas à les assumer », a commenté Shrybman.

Un économiste du SCFP, Toby Sanger, a démontré que les coûts plus élevés des PPP menacent l’existence même des budgets des soins cliniques offerts aux patients, comme le démontre l’exemple d’un hôpital de North Bay (Ontario) réalisé dans le cadre d’un PPP. À cet hôpital, les coûts de financement privé coûtent à eux seuls $7 millions de plus par année. Depuis que l’hôpital a ouvert ses portes il y a quatre ans, 50 lits ont été coupés, et 100 emplois ont été supprimés.

« C’est pour cela que nous nous opposons aux PPP. Parce qu’ils sont synonymes de coupures dans les budgets des services publics », a argué Sanger. Par ailleurs, l’économiste a mis en relief les récents commentaires du Vérificateur général de l’Ontario, qui descendaient en flammes les PPP orchestrés dans cette province. 

Karl Kavanagh voit mal comment la responsabilité du gouvernement de protéger et de veiller aux intérêts de la population peut être compatible avec ces plans de privatisation.

« Ils n’ont pas reçu de mandat de la population. Et pourtant, ils enclenchent ces projets sans avertissement ni dialogue. Tout cela est commis par un gouvernement qui se targue d’être ouvert. Nous devons soulever un débat public sur cette question. Ce gouvernement nous a souvent menti dans le passé. Les PPP constituent un mensonge en soit et il faut défier le gouvernement sur cette question », a-t-il plaidé.