Bangladesh garment factory delegation

Archana Rampure est conseillère spécialisée en action politique à la direction des services nationaux du SCFP. Voici son compte-rendu du récent voyage d’une délégation syndicale au Bangladesh.

 

Il existe plus de 5000 manufactures de vêtements prêt-à-porter au Bangladesh. Malgré plusieurs années d’efforts, à peine une soixantaine d’entre elles sont syndiquées, ce qui représente environ 20000 personnes sur plus de quatre millions de travailleuses et travailleurs du vêtement.

 

Le Bangladesh Center for Workers’ Solidarity (BCWS) a invité une délégation syndicale canadienne composée de représentants du SCFP (Sharon Hubely de la section locale 1867 et Archana Rampure du SCFP national), de l’Alliance de la fonction publique, des Métallos et d’UNIFOR à se rendre à Dacca, au Bangladesh. C’était la deuxième fois que le SCFP était représenté dans une délégation se rendant au Bangladesh depuis l’effondrement tragique du Rana Plaza en avril 2013.

 

La directrice générale du BCWS, Kalpona Akter, est venue au Canada en 2014 pour attirer l’attention sur les conditions de travail des nombreuses travailleuses bangladaises du secteur du vêtement. Après son passage, le SCFP s’était engagé à aller rencontrer ces femmes pour observer leurs conditions de travail.

 

La délégation est arrivée à Dacca, capitale du Bangladesh, le 3 février. Les premiers jours ont été consacrés à rencontrer et à écouter les travailleuses de l’industrie du vêtement.

 

Cette main-d’œuvre est principalement constituée de jeunes femmes qui ont quitté la campagne pour venir travailler en ville. Cherchant désespérément un emploi, elles n’ont pas eu le choix d’accepter ce que les manufactures offraient. La journée de travail est de huit heures en théorie, mais elle dure habituellement 10 heures, parfois même 12, les heures supplémentaires étant obligatoires et non rémunérées.

 

Nous avons entendu le témoignage stupéfiant de jeunes femmes qui travaillent dans ces manufactures depuis l’âge de 12 ou 13 ans et qui ont été congédiées pour avoir tenté de syndiquer leur milieu de travail.

 

Plusieurs travailleuses nous ont parlé de la pression associée à la réussite des quotas de production, de l’absence de pause du midi ou même de pause pour aller à la toilette ou boire de l’eau. Elles subissent aussi de mauvais traitements physiques et psychologiques.

 

Certaines travailleuses qui ont tenté de se syndiquer ont été arrêtées sur la base de fausses allégations de terrorisme. D’autres ont été battues et leurs proches intimidés. La plupart ont été menacées de perdre leur emploi si elles refusaient de dire aux observateurs extérieurs que leurs conditions de travail étaient excellentes.

 

Des travailleuses nous ont raconté qu’on les avait forcées à signer des papiers indiquant qu’elles touchent des sommes d’argent largement supérieures à leur salaire réel. L’une d’entre elles nous a dit qu’on l’avait filmée lorsqu’elle recevait ses prestations de maternité, avant de les lui reprendre par la force. On nous a parlé d’ex-collègues qu’on a congédiées parce qu’elles avaient osé élever le ton ou qu’on a arrêtées, tabassées ou placées sur une liste noire pour les empêcher de gagner leur vie.

 

Je ne vous parle pas de travailleuses du 19e siècle. Ces conditions de travail, ce sont celles de millions de femmes, surtout des jeunes, qui fabriquent des vêtements bon marché pour les grandes multinationales qui répondent à une demande qui augmente de manière exponentielle en Occident. Plus de quatre millions de Bangladaises travaillent dans ce secteur. Le fruit de leur travail représente plus de 75 pour cent des exportations du pays. Pourtant, la grande majorité gagne moins de cent dollars canadiens par mois.

 

Avec Kalpona Akter, nous avons visité les lieux de l’effondrement de l’édifice Rana Plaza et de l’incendie de la manufacture Tazreen Fashion. Elle nous a raconté ces tragédies qui ont causé la mort de plus de 1300 personnes.

 

Mme Akter nous a raconté comment elle avait récupéré, dans l’édifice Tazreen, des documents démontrant que des entreprises comme Wal-Mart faisaient affaire avec cette manufacture. Quand Wal-Mart a tenté de nier son lien avec la manufacture et, par conséquent, sa culpabilité dans l’incendie, ces documents ont permis de faire la lumière sur les événements.

 

Bon nombre des travailleuses croient que leur seul espoir consiste à faire pression sur les grandes marques mondiales pour que celles-ci obligent les propriétaires des manufactures auxquels elles confient du travail à respecter les règles de santé-sécurité au travail et le droit à la syndicalisation.

 

Les travailleuses nous ont demandé de sensibiliser les consommateurs occidentaux à leurs conditions de travail et de dénoncer les grandes marques qui persistent à fermer les yeux.

 

Elles pensent que, si le Canada se souciait réellement de leurs conditions de travail, le gouvernement fédéral rendrait l’accès au marché canadien conditionnel à l’amélioration de ces conditions : salaire de subsistance, accès aux services publics (soins de santé, eau potable) et respect des règles de santé-sécurité, par exemple.

 

La situation de ces travailleuses et travailleurs est épouvantable, mais le travail effectué par le BCWS constitue une lueur d’espoir. Avec une poignée de syndicalistes, trois avocats spécialisés en droit du travail et quelques autres employés dévoués, cet organisme explique aux travailleuses et travailleurs les droits dont ils disposent en vertu des lois bangladaises.

 

Ce militantisme irrite les autorités et des employés du centre ont été arrêtés, menacés et tabassés. L’un d’entre eux, Aminul Islam, a été assassiné. Or, malgré les menaces, le centre maintient le cap et les efforts de syndicalisation se poursuivent.

 

Si les millions de Bangladaises et Bangladais qui travaillent dans le secteur du vêtement ont une chance de s’en sortir, c’est grâce à la détermination des militants que nous avons eu le privilège de rencontre au cours des derniers jours. Leur défi est énorme, mais heureusement leur courage l’est tout autant.