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Impitoyable à Seattle

le 1 décembre 1999 12 h 00
 
Les négociations qui ciblent les services publics, y compris les soins de santé et l’éducation, comme étant ‘mûrs pour la libéralisation’ sont complètement pourries.

Le mois dernier, un des plus important défenseur de la privatisation au monde a lancé une attaque ouverte contre les services publics. Cet organisme de pression n’est nul autre que l’Organisation mondiale du commerce ou OMC. Ce groupe commence à devenir rapidement l’organisation la plus puissante de la planète, dictant les règles d’un jeu commercial mondial dont les enjeux sont en faveur des intérêts des entreprises.

L’OMC a déjà renversé des lois nationales visant à protéger des secteurs importants comme l’air pur, les espèces en voie d’extinction et la santé publique. Le cycle des négociations du millénaire, qui a débuté à Seattle et qui se poursuivra au cours de l’année à venir, vise les services. L’objectif : priver les services publics de tous les règlements et mesures de protection, à savoir de tout ce qui constitue un obstacle au fait qu’une entreprise pénètre le secteur et fasse de l’argent rapidement.

L’OMC vise à privatiser les services publics et à limiter le pouvoir des gouvernements pour protéger les droits humains et l’environnement afin que les multinationales puissent faire le plus de profits possibles. Le projet consiste à étendre la portée de l’Accord général sur le commerce des services, ou AGCS, pour couvrir tous les services, donnant aux sociétés multinationales des droits exécutoires pour établir des hôpitaux et des cliniques privés, des écoles, des collèges et des universités privés ainsi que des services sociaux privés.

L’OMC menace les emplois et les services publics

À l’heure actuelle, l’AGCS ne couvre pas la plupart des services publics. Mais si les pouvoirs dominants de l’OMC, nommément les États-Unis et l’Union européenne, réussissent à obtenir ce qu’ils veulent, les services publics seraient traités comme des produits générant des profits. Les entreprises décideront comment les services seront offerts et s’ils seront offerts. Les gouvernements perdraient leurs pouvoir de réglementer les services. Et les entreprises seraient assurées d’avoir leur part du ‘marché’ des services.

Cela signifie que les entreprises étrangères à but lucratif seraient assurées d’avoir le droit de faire une offre pour les services que donnent actuellement les institutions publiques du Canada. Et les gouvernements ne pourraient pas réserver des fonds pour les services publics, détournant les dollars publics vers des services privés à but lucratif.

En vertu de ces conditions, les salaires et les emplois des travailleuses et travailleurs seraient menacés sans plus tarder. L’OMC dit que le facteur le plus encou-rageant pour la plus grande « libéralisation des échanges commerciaux » est l’ouverture des emplois dans les services pour les travailleuses et travailleurs étrangers parce que cette main-d’œuvre ‘est moins coûteuse’ que la main-d’œuvre canadienne. Traduire : exploiter la main-d’œuvre migrante pour miner les salaires et les conventions collectives du Canada ou déplacer le travail à l’extérieur.

« Je sais exactement comment cela va m’affecter », de dire Steven Seaborn, qui travaille avec des adultes qui ont un handicap de développement à l’Association pour la vie communautaire de Toronto et qui préside le Comité de solidarité internationale du SCFP. « Si l’AGCS est mis en œuvre, les règles

signifieront que le soumissionnaire le plus bas obtiendra notre travail. Les clients en souffriront. Leurs familles aussi. Les emplois du SCFP seront touchés. Et nous perdront l’investissement public dans les services communautaires sans compter la réglementation de ces mêmes services. »

Il dit que la pression à la baisse des appels d’offres, qui a déjà fait son apparition dans les services sociaux, deviendra la norme si l’OMC réussit dans son projet. « On ne peut laisser les tenants du marché mettre la main sur nos services. Il est temps de penser globalement et d’agir localement. »

Pettigrew joue du violon pendant que les services brûlent

Malgré cette terrible menace, le gouvernement canadien aide le processus et s’en rend complice alors que le ministre du Commerce Pierre Pettigrew refuse de protéger les services publics canadiens en les exemptant de tout nouvel accord commercial. Il semble plus intéressé à ouvrir les marchés étrangers aux entreprises canadiennes, et les services canadiens aux entreprises étrangères, que de protéger les meilleurs intérêts de la po-pulation canadienne.

En fait, le gouvernement canadien a déjà ouvert la porte à l’expansion de l’AGCS en acceptant, lors des négociations commerciales hémisphériques, d’établir des règles commerciales pour tous les services. Les États-Unis ont l’intention d’utiliser ce modèle pour les négociations de l’AGCS.

Et au cours de l’été dernier, le ministère des Affaires étrangères a distribué un sondage aux fournisseurs de services canadiens qui vantait les ‘avantages’ du libre-échange dan les services mais qui était remarquablement silencieux sur le fait que si les services publics relèvent de l’AGCS, les entreprises étrangères à but lucratif entreraient et en prendraient le contrôle.

Empêcher l’AGCS de se propager

Alors que l’OMC s’apprête à fléchir ses muscles, les activistes du SCFP et des coalitions de la base autour du monde essaient aussi de se renforcer.

« Nous devons affronter l’OMC avec un seul mouvement syndical ouvrier mon-dial », de dire Rodney Bickerstaffe, lors d’un forum sur la solidarité internationale organisé pendant le Congrès national. M. Bickerstaffe est secrétaire général d’UNISON, le syndicat parent du SCFP en Angleterre.

« La lutte se poursuit toujours », de souligner Vusi Nhlapo, qui participait au même forum. Le confrère Nhlapo, un vétéran de la lutte pour la justice qui connaît bien le pouvoir de la solidarité internationale, est le président du NEHAWU, le syndicat parent du SCFP en Afrique du Sud.

« Les liens de la collectivité sont la clef dans ces luttes. Si la population ne comprend pas pourquoi nous faisons la grève ou pour quelle raison nous luttons avec autant d’acharnement, elle ne nous appuiera jamais », a-t-il déclaré.

Au moyen d’une caravane pancanadienne, d’une campagne de télécopie aux députés, de cartes postales, de pétitions, de manifestations et de séminaires, les membres du SCFP se mobilisent pour établir ces liens collectifs sur le plan local et mondial.

Des activistes comme le confrère Seaborn se mobilisent comme jamais auparavant parce que si l’AGCS est élargi pour y couvrir tous les services, il sera presque impossible de le renverser.

« Il est bon d’être alarmiste. C’est le moment de s’inquiéter et il faut que la cloche sonne. De plus, le SCFP a un rôle très important à jouer », de dire le confrère Seaborn. Nous luttons pour la qualité de notre vie. »

Comme le montre la défaite, l’année dernière, du dangereux Accord multilatéral sur l’investissement, la riposte porte fruit. Il est possible d’arrêter ces accords commerciaux et nous pouvons le faire si nous agissons ensemble, dès aujourd’hui.

Karin Jordan