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La lutte pour l’eau en Bolivie bouillonne

le 4 avril 2005 2 h 00

Cinq ans après avoir jeté hors de la ville de Cochabamba le privatiseur Bechtel, les Boliviens ont amorcé une autre lutte dans le dossier de l’eau, cette fois-ci contre la multinationale Suez. Un vaste soulèvement public est né dans la ville d’El Alto à la fin de l’année dernière et il a maintenant atteint le point d’ébullition.

Le système public des eaux d’El Alto a été privatisé en 1997 par Aguas del Illimani, un consortium appartenant conjointement à Suez et à un certain nombre d’autres actionnaires, dont une branche de la Banque mondiale. Comme par hasard, c’est une politique de la Banque mondiale qui avait forcé la privatisation au départ. La Banque a imposé la privatisation de l’eau au pays en en faisant l’une des conditions d’un prêt.

Depuis la privatisation, le prix de l’eau a augmenté de plus de 35 pour cent. Un nouveau raccordement au système d’eau potable et de traitement des eaux usées de la ville peut coûter à une famille plus de six mois de revenu au salaire minimum – beaucoup plus que ce que de nombreuses familles appauvries gagnent dans cette collectivité très étendue.

L’entreprise des eaux est aussi accusée d’avoir nié à certaines familles tout accès aux services des eaux. En effet, Aguas del Illimani n’a pas réussi à assurer la croissance du réseau au même rythme que celle de la ville, privant ainsi les communautés périphériques d’un accès à l’eau, ce qui est un facteur majeur de maladie chez les enfants.

La situation a provoqué une grève générale à l’échelle de la ville en janvier, ce qui a obligé le gouvernement à annuler le contrat conclu avec la société des eaux. Mais les résidents n’étaient pas rassurés et ils avaient bien raison. Dans les semaines qui ont suivi la manifestation, le gouvernement a annoncé un « nouveau modèle » de partenariat public-privé en vertu duquel Suez contrôlerait 35 pour cent du consortium. La révolte a donc repris. Des leaders de la collectivité ont fait une grève de la faim et les citoyens sont descendus dans la rue par milliers pour exiger une société publique des eaux, avec une gouvernance démocratique, une responsabilité sociale et une supervision des citoyens.

Suez menace de poursuivre le gouvernement bolivien. Cette situation ressemble fort à la sortie disgracieuse de Bechtel il y a quelques années (Bechtel a depuis annoncé qu’elle était prête à abandonner sa poursuite). Pour en savoir plus sur la situation en Bolivie, cliquez sur www.democracyctr.org