Une nouvelle force dans la guerre contre la privatisation
le 1 mai 2004 1 h 04Avec la prolifération des projets de privatisation partout au pays, il est clair que la riposte doit s’amorcer dans nos collectivités locales – et dans nos sections locales – là où les plus vulnérables sont frappés le plus durement.
Et qui sont les plus à risque ? Les femmes et les personnes de couleur, parce que la privatisation favorise les inégalités et cible les emplois dans le secteur des services – buanderie, cuisine, entretien ménager – dont la très grande majorité sont occupés par des femmes et par des personnes de couleur.
« Nous avons été frappés d’abord, et nous avons été frappés le plus durement, affirme Punam Khosla, militante communautaire féministe et antiraciste. On nous considère plus vulnérables et c’est par là que les privatiseurs entrent en premier. »
En février, lorsque Peggy Osborne, une mère seule, avec des centaines de ses collègues de travail du Royal Jubilee Hospital de Victoria et d’autres lieux de travail de l’Île de Vancouver ont quitté le travail, ce n’était pas seulement pour protester contre la perte de leurs emplois. Le moyen de pression visait aussi à défendre les travailleuses et les travailleurs défavorisés contre les projets de privatisation du gouvernement de la C.-B.
La Régie sanitaire de l’Île de Vancouver a accordé un contrat de cinq ans à la multinationale britannique Compass Group. Aussitôt, 1 021 emplois dans les services du nettoyage et de l’alimentation ont été éliminés. Une bonne partie de ce travail est maintenant effectué par des mères seules et par des femmes de couleur.
« Beaucoup des femmes qui travaillent ici sont des mères seules, chefs de famille, souligne Mme Osborne, qui a reçu son avis de congédiement en dépit de ses nombreuses années d’expérience. Le gouvernement s’attend à ce que nous vivions avec un salaire minimum, en donnant tous les profits aux multinationales. »
Les profiteurs mondialistes remplacent de bons salaires qui permettent de faire vivre une famille par un salaire minimum, des emplois à temps partiel et des postes occasionnels, avec peu d'avantages sociaux. Compass a offert à Peggy Osborne 9,50 $ l’heure, moins de la moitié de ce qu’elle gagnait en vertu de sa convention collective du Syndicat des employées et employés d’hôpitaux.
« Beaucoup de femmes que je connais vivent au jour le jour. Comment Gordon Campbell peut-il affirmer que nos salaires coûtent trop cher ? se demande Mme Osborne. Maintenant, les mères seules doivent faire concurrence à des milliers d’autres travailleuses et de travailleurs pour le même emploi. »
La privatisation touche non seulement celles et ceux qui offrent des services publics, mais aussi celles et ceux qui en ont le plus besoin. Lorsque le gouvernement commence à réduire les services et à imposer des frais d’utilisation, le fardeau retombe sur les épaules des femmes.
Et comme les femmes et les personnes de couleur sont au bas de l’échelle salariale, les frais supplémentaires sont difficiles à supporter.
« Quarante pour cent des personnes de couleur de la région de Toronto vivent dans la pauvreté, révèle Punam Khosla. Bien sûr, nous sommes les plus durement touchées. »
La privatisation dénature les services et les programmes publics – l’accès n’est plus universel, il est réservé à celles et ceux qui peuvent payer. Ainsi, la privatisation limite la mobilité et la vie active des femmes et des personnes de couleur.
Une étude réalisée par Mme Khosla dans neuf communautés de Toronto montre qu’une majorité de femmes se sentent prisonnières à la maison. Beaucoup avouent être « au bout du rouleau ».
« La maison est devenue un centre de loisirs et un hôpital, dit Mme Khosla. La société a imposé aux femmes la responsabilité de prendre soin des enfants et des personnes âgées. »
En payant leurs impôts et leur loyer, elles contribuent au financement des services. Pourtant, elles n’ont pas accès à des services aussi simples que le transport, parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer deux fois – c’est-à-dire les péages et les billets de transports en commun plus chers.
La privatisation de l’autoroute 407 dans la Région du Grand Toronto en est un exemple flagrant. Ayant déjà doublé les péages aux heures de pointe en quelques années, les multinationales à qui appartient la route ont imposé une autre hausse en février dernier, sans la permission du gouvernement ontarien.
« Lorsque disparaissent l’équité en matière d’emploi, les protections syndicales, les services communautaires, les espaces publics et les programmes communautaires, tout cela au nom des économies et du profit – ce sont celles et ceux qui peuvent le moins se le permettre qui doivent payer le prix le plus élevé », soutient Punam Khosla.
C’est par la mobilisation communautaire que nous réussirons à nous sortir de ce bourbier. La privatisation a de nombreuses facettes et toutes ont des répercutions sur les gens – les femmes, les personnes de couleur et les personnes ayant un handicap – au niveau communautaire.
En s’unissant, les plus vulnérables insuffleront une nouvelle énergie à la lutte contre la privatisation. Mais nous devons savoir que ce fléau frappe certaines personnes plus que d’autres.
« Nous pensons pouvoir favoriser la solidarité en évitant de parler de celles et ceux qui souffrent le plus. Nous devons changer cette attitude », conclut Mme Khosla.
Nous avons peut-être perdu certaines batailles mais, en fin de compte, nous pouvons gagner la guerre en menant une campagne anti-privatisation enracinée dans la collectivité et englobante.
Rosita Wong-Colavita
