Construire pour demain - aujourd’hui
le 16 octobre 1999 8 h 00Énoncé de politique du SCFP sur la jeunesse
Construire pour demain - aujourd’hui
Pas besoin d’une boule de cristal pour savoir qu’un syndicat sans membres jeunes et dynamiques est un syndicat sans avenir. Ou qu’un pays qui ne peut pas offrir d’emplois stables ni de sécurité économique à ses jeunes est un pays sans avenir. Parce que nous sommes le syndicat le plus gros, le plus fort et le plus diversifié du Canada, le SCFP a un rôle clé à jouer dans le façonnement d’un avenir meilleur pour nos jeunes.
Notre syndicat doit entrer dans le prochain millénaire muni d’un plan. Un plan qui permettra à la prochaine génération de jouir d’une certaine sécurité économique et sociale. Un plan qui rajeunira le secteur public. Un plan qui attirera plus de jeunes membres au SCFP.
Cela signifie qu’il faut lutter pour la création de bons emplois et pour une éducation accessible. Cela signifie qu’il faut lutter contre la tendance vers les emplois à temps partiel, occasionnels et temporaires qui privent les jeunes de leur espoir et de leur sécurité. Cela signifie faire porter nos efforts sur les jeunes dans nos campagnes de recrutement, à la table de négociation et dans nos campagnes publiques. Cela signifie défendre des solutions de rechange au programme mesquin de privatisation et de réduction des effectifs dans la fonction publique. Cela signifie démontrer aux gouvernements et aux employeurs que Public, ça marche! pour les jeunes.
Notre avenir en dépend.
Sombre présent, avenir hypothéqué
La situation de la jeunesse canadienne est critique. Il y a une pénurie aiguë d’emplois et ceux qui sont offerts sont surtout des emplois sans avenir, mal payés et sans protection syndicale. L’éducation postsecondaire est maintenant presque hors de prix. Et le secteur public, jadis source abondante de bons emplois, a été réduit et privatisé.
Il n’est pas exagéré de dire que l’attaque contre les services publics est une attaque contre les jeunes. En fait, chaque emploi éliminé par la réduction des effectifs, par une retraite anticipée, par attrition ou par licenciement est un emploi qui n’existera jamais pour une jeune personne. Avec un taux de chômage officiel chez les jeunes qui se maintient à 15 pour cent – et un taux de chômage réel qui se situe plutôt dans les 25 pour cent – le manque d’emplois pour les jeunes dans le secteur public est un problème aussi grave que l’érosion des services eux-mêmes. Une génération complète de jeunes personnes est systématiquement mise à l’écart des emplois bien payés, syndiqués et sûrs.
N’ayant que peu d’autres choix, la grande majorité des jeunes sont obligés d’entrer dans la main-d’oeuvre du secteur des services privés – commerces de détail, industrie hôtelière, services de l’alimentation. Ces travailleuses et travailleurs occupent souvent des postes précaires – à temps partiel, occasionnels, temporaires ou travail par équipe. Plus souvent qu’autrement, ils ne sont pas syndiqués, ce qui signifie des salaires faibles (en moyenne 7 $ l’heure de moins que leurs homologues syndicaux!), insécurité d’emploi, aucuns avantages sociaux et de sérieux risques pour la santé et la sécurité. Des emplois qui étaient autrefois qualifiés d’emplois « d’étudiants» – pour aider une jeune personne à vivre pendant ses études – deviennent maintenant les seules sources de revenus possibles, bien après la graduation.
Avec les frais de scolarité qui grimpent en flèche dans presque toutes les provinces, la dette étudiante est maintenant hors de contrôle. Depuis 1991, les frais de scolarité ont augmenté en moyenne de 56 pour cent et la dette a triplé, pour atteindre une moyenne de 25 000 $. Pourtant, les jeunes continuent de s’inscrire au cégep et à l’université, tout en sachant très bien que même avec leur diplôme, ils pourraient ne pas trouver de travail. C’est pourtant leur seul et dernier espoir. Nous devons envisager la possibilité qu’une génération entière hypothèquera son avenir pour essayer de construire un présent meilleur – de jeunes personnes qui seront toute leur vie obligés de rembourser une dette.
Et pour les plus vulnérables, l’éducation postsecondaire n’est plus une possibilité. Bien que l’inscription à temps plein soit stable et même en légère croissance – chez les personnes à faible revenu, les familles monoparentales et les personnes handicapées, elle est en baisse. C’est là un signe que l’éducation supérieure coûte maintenant trop cher pour celles et ceux qui en ont le plus besoin.
La solution est publique
Les questions qui touchent les jeunes sont des dossiers prioritaires pour le SCFP – tant comme syndicat que comme force de changement économique et social. Nous sommes bien placés pour prendre une position ferme sur ces questions. Au coeur de notre argumentation se trouve la réalité simple et indiscutable que le public, ça marche pour les jeunes.
Pour ce qui est des salaires et des conditions de travail, il n’y a tout simplement aucune comparaison. Le secteur public est syndiqué à plus de 70 pour cent. Nos conventions collectives offrent aux jeunes travailleuses et travailleurs des soins de santé, des congés de maladie, des vacances payées, des congés de maternité et des salaires plus élevés auxquels ils ne peuvent que rêver dans le secteur privé. Pourtant, moins de 6 pour cent des jeunes travailleuses et travailleurs peuvent trouver du travail dans le secteur public. Nous devons changer cela.
Les solutions publiques à la crise que vivent les jeunes profitent à l’ensemble du pays – parce que les emplois que nous voulons sont des emplois qui sont aux premières lignes des services publics. Cela signifie qu’il y aura plus de travailleuses et travailleurs de la santé et des foyers de soins pour s’occuper de notre population vieillissante. Cela signifie qu’il y aura plus de travailleuses et travailleurs de l’éducation et des services sociaux pour renforcer et soutenir nos collectivités. Cela signifie qu’il y aura plus de travailleuses et travailleurs municipaux pour faire fonctionner nos villes et villages. Cela signifie également que les travailleuses et travailleurs des premières lignes d’aujourd’hui, qui sont stressés « au max» et qui doivent supporter des charges de travail hors de contrôle, pourront compter sur des renforts. Si nous réduisons leurs heures supplémentaires et leur stress, nous auront grandement contribué à bâtir des services publics de qualité.
Les solutions publiques sont aussi des solutions vertes, qui fournissent des produits et des services non nuisibles à l’environnement. Les solutions publiques peuvent rendre les lieux de travail plus respectueux de l’environnement et peuvent créer de nouveaux emplois compatibles avec l’environnement qui seront sûrs et durables pour le prochain millénaire.
Les solutions publiques profitent aussi à l’ensemble du mouvement syndical. Bombardés de discours de droite sur « l’inutilité» des syndicats, de nombreux jeunes grandissent sans jamais avoir de contact avec les syndicats ou en être membres. Nous devons montrer aux jeunes que les syndicats sont de leur côté et qu’ils n’ont jamais été aussi pertinents. Rejoindre les jeunes et travailler à la création de bons emplois pour eux est une façon concrète de montrer cet engagement. L’élargissement du rôle des jeunes dans le SCFP montre aussi l’importance que nous accordons à leurs connaissances et à leur expérience. Il est essentiel que nous franchissions ce pas. Ce faisant, nous préparons la prochaine génération de militantes et militants syndicaux.
Construire pour demain – aujourd’hui
Le renouvellement des emplois et des services du secteur public créera de l’espoir pour la jeunesse tout en édifiant un meilleur avenir et des collectivités plus fortes. Nous devons élaborer de nouvelles stratégies et penser de façon plus dynamique pour atteindre ces objectifs.
Nous devons montrer le lien qui existe entre le renouvellement et l’expansion des services publics et l’avenir des jeunes. Pour le SCFP, cela signifie aussi prendre les mesures voulues pour veiller à ce que notre syndicat soit accueillant pour les jeunes travailleuses et travailleurs. Nous devons puiser dans l’énergie et les idées de nos jeunes membres et accroître leur présence dans notre syndicat. Ces objectifs sont au coeur du plan d’action pour les jeunes du SCFP. C’est un plan qui se précisera à la table de négociation, dans les campagnes de recrutement, dans nos sections locales et divisions et dans nos collectivités. C’est un plan qui peut et qui doit se réaliser.
Plan d’action du SCFP pour les jeunes
Le SCFP continuera de lutter contre la privatisation tout en faisant campagne pour consolider et renouveler les services publics. Une partie essentielle de cette campagne portera sur le lien qui existe entre le renouvellement du secteur public et l’emploi des jeunes. Plus précisément, le SCFP :
- Demandera aux gouvernements et aux employeurs d’élargir les programmes d’apprentissage au-delà des métiers traditionnels, à d’autres services publics, ce qui permettrait aux jeunes d’entrer dans le secteur public.
- Fera pression sur les employeurs du secteur public pour qu’ils mettent en oeuvre des stratégies de création d’emplois comme la prestation interne de services, le remplacement des emplois à temps partiel par des postes à temps plein, l’instauration de semaines de travail plus courtes sans réduction de salaire et la diminution des heures supplémentaires.
- Élaborera et défendra, pour le secteur public, des stratégies de création « d’emplois verts» qui pourront être occupés par des jeunes.
- Incitera les sections locales à organiser des campagnes visant à « renforcer les services publics – et à faire combler les postes vacants par des jeunes» .
Le SCFP prendra également les mesures qui suivent pour favoriser et accroître le rôle des jeunes dans le syndicat :
- Créer un Groupe de travail national sur les jeunes pour guider et concrétiser le plan d’action du SCFP pour les jeunes et inviter les divisions du SCFP à faire de même.
- Aider les sections locales à rencontrer de jeunes membres dans des lieux de travail et à trouver des façons de les faire participer aux activités de la section locale.
- Prendre des mesures concrètes pour accroître la participation des jeunes aux programmes d’éducation et aux congrès du SCFP, notamment en cherchant des façons de faire participer les familles aux activités et aux campagnes du SCFP.
- Créer un programme de mentorat pour permettre aux jeunes militantes et militants de travailler avec d’autres militantes et militants et conseillères et conseillers syndicaux du SCFP et ainsi apprendre de leur expérience.
Le SCFP organisera des campagnes de recrutement et de négociation pour offrir aux jeunes la sécurité d’emploi et de meilleurs salaires et avantages sociaux. Plus précisément, le SCFP :
- Entreprendra une étude pour savoir où la jeunesse est représentée – et syndiquée – dans les services publics comme les garderies, les services de loisirs municipaux, les universités et les services sociaux.
- Formera de jeunes membres du SCFP afin qu’ils puissent participer aux campagnes de recrutement des jeunes.
- Fournira l’appui voulu aux sections locales pour qu’elles incluent les dossiers touchant les jeunes à la table de négociation, comme :
- résister aux projets d’attrition et autres plans de réduction de la main-d’oeuvre qui éliminent des postes qui pourraient être occupés par des jeunes;
- mettre fin aux échelles salariales à deux niveaux qui sont discriminatoires pour les jeunes et d’autres qui occupent des emplois à temps partiel dans un même lieu de travail;
- lutter contre la création d’une main-d’oeuvre et d’organismes à deux niveaux (ghettos d’emplois pour les jeunes) où il existe un écart immense dans les salaires et les avantages sociaux de différents groupes de travailleuses et travailleurs qui font essentiellement le même travail;
- améliorer la sécurité d’emploi et les avantages sociaux des travailleuses et travailleurs à temps partiel, occasionnels et autres dont le statut est précaire;
- négocier des subventions à l’éducation pour aider les travailleuses et travailleurs à assumer les coûts grandissants de l’éducation postsecondaire pour les membres de leur famille.
Le SCFP mettra sur pied des programmes pour rejoindre les jeunes et les informer de leurs droits comme travailleuses et travailleurs et des avantages de la syndicalisation. Plus précisément, le SCFP :
- Accroîtra la visibilité du syndicat dans les médias « alternatifs» en y rédigeant des articles et en y insérant de la publicité payée.
- Installera des stands d’information aux salons de l’emploi qui seront tenus par de jeunes militantes et militants du SCFP.
- Parraineront de jeunes militantes et militants du SCFP pour qu’ils se rendent dans les cégeps et polyvalentes parler aux jeunes de santé et sécurité et de droits des travailleuses et travailleurs.
Le SCFP continuera de travailler avec la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants afin de lutter pour un financement accru et stable de l’éducation, pour le retrait de tous les frais d’utilisation dans l’éducation postsecondaire et pour un système de prêts et bourses qui couvre les frais de subsistance des étudiantes et étudiants.
Enfin, le SCFP fera pression sur le gouvernement pour qu’il augmente le salaire minimum et travaillera à l’élimination des normes de salaire minimum à deux niveaux en Ontario et en Nouvelle-Écosse qui établissent des taux plus bas pour les jeunes travailleuses et travailleurs. À titre d’exemple, le gouvernement du Québec a déposé un projet de loi qui interdit les salaires et les conditions de travail à deux niveaux pour les travailleuses et travailleurs nouvellement engagés. De telles dispositions contribueront grandement à protéger les jeunes travailleuses et travailleurs contre la discrimination.
Préparer l’avenir
Ce plan est énergique. Il est ambitieux. Mais l’enjeu est si important que nous devons commencer à le mettre en oeuvre dès maintenant.
L’essentiel de ce plan vise la sauvegarde de la prochaine génération. La prochaine génération de militantes et militants du SCFP. La prochaine génération de travailleuses et travailleurs des services publics des premières lignes. La prochaine génération de Canadiennes et Canadiens. Tous les membres du SCFP peuvent être fiers que leur syndicat entreprenne cette tâche.

