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Comment on devient militante

le 30 août 2000 8 h 00
 
Alors que Sinda Cathcart attachait les derniers rubans de la couleur de l’arc-en-ciel sur la banderole du SCFP de la Saskatchewan, lors des préparatifs pour la parade de la Fierté gaie et lesbienne, le 24 juin, elle vit sa partenaire, Donna, parler au garçonnet voisin âgé de six ans. Oshoowa et ses parents se préparaient aussi pour marcher dans le défilé. En prévision de l’événement, son père lui avait parlé de la relation de Sinda et de Donna.

« Vous, les gars, vous êtes bien », de dire le garçonnet à Donna.

« Tu crois qu’on est bien », de répliquer Donna en riant.

« J’sais bien que vous êtes bien », insista-t-il.

Quelques jours plus tard, Oshoowa cria de l’autre bout de la cour pour dire à Sinda qu’il avait vu son mari, Donna, descendre la rue au volant de sa voiture.

Sinda rit alors qu’elle termine de raconter l’anecdote, une des nombreuses qu’elle raconte pour décrire ses expériences comme activiste lesbienne au SCFP. Les cheveux blonds décolorés et portant la marque lesbienne de « bonnes chaussures», elle reconnaît que ce qu’Oshoowa comprend des relations gaies et lesbiennes est incomplet. « Mais l’éducation c’est la clef de l’acceptation », dit la coprésidente du Comité national du triangle rose.

« Jusqu’à ce qu’un plus grand nombre de gens se sentent à l’aise d’en parler [de l’homosexualité], les gais et lesbiennes se sentiront toujours insécures. »

Une préposée aux malades ayant besoin de soins particuliers dans un foyer de soins de longue durée de Regina, Sinda a commencé à militer au SCFP alors qu’elle a été nommée déléguée syndicale, en 1981, puis sergent d’armes. Dans les années 1990, elle a été élue secrétaire archiviste et déléguée syndicale principale; de plus, l’année dernière, elle a fait le quart de 4 heures du matin pendant la grève provinciale des soins de santé du SCFP au cours de la journée d’hiver la plus froide. Elle est aussi une tutrice bénévole du Programme WEST, un programme d’alphabétisation au travail parrainé par la Fédération du travail de la Saskatchewan. Mais sa passion demeure la lutte des gais et lesbiennes.

Bien que Sinda et sa partenaire soient bien connues dans la communauté lesbienne, elle n’a pas divulgué son homosexualité au travail ni au syndicat. La situation a changé en 1997, après avoir assisté au cours de l’École d’été du SCFP sur la discrimination et le harcèlement au travail. « Rien n’a été dit sur les questions des gais et lesbiennes pendant tout le cours qui a duré cinq jours, de dire Sinda. Mon syndicat était muet sur la question. C’était inacceptable pour moi. »

À la fin du cours, Sinda a rempli sa fiche d’évaluation en pleurant. Elle était la dernière à quitter la salle.

En l’espace d’un an, Sinda siégeait comme représentante du SCFP de la Saskatchewan au Comité national du triangle rose et au Comité de la solidarité et de la fierté de la Fédération du travail de la Saskatchewan.

Sinda anime aussi le cours Fierté au SCFP, un programme de formation sur les questions gaies et lesbiennes qui a obtenu d’excellents commentaires de la part des participantes et participants de l’École des Prairies pour les femmes syndicalistes et le Conseil des écoles publiques de Saskatoon. En fait, Randy Holfeld, ancien président de la section locale 34 du SCFP, a dit que le cours Fierté au SCFP a été « un des meilleurs programmes de formation en service jamais offert aux personnes à l’emploi du conseil scolaire. »

Mais comme Sinda le sait très bien, la lutte pour l’égalité des gais et lesbiennes en Saskatchewan est souvent une lutte solitaire. En février, elle devait enseigner le cours Fierté au SCFP dans le cadre de l’École d’hiver du SCFP de la Saskatchewan mais on a dû l’annuler en raison du faible taux d’inscriptions. Et lors de la parade de la Fierté gaie et lesbienne, en juin, les membres du SCFP étaient si peu nombreux à y participer qu’elle a dû demander à une amie de l’aider à porter la banderole du syndicat.

« C’est stimulant d’être engagée au Comité national du triangle rose, de dire Sinda. Le SCFP est progressiste et nous sommes un véritable chef de file pour ce qui est des batailles légales pour les droits à l’égalité. Mais sur le plan local, nous avons beaucoup de chemin à faire. »

Elle lève la tête et sourit. « C’est bien car je ne vais nulle part. »

Beth Smillie