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Les services de loisirs 3P créent des problèmes dans la collectivité

le 26 mai 2002 8 h 00

Des partenariats qui ont mal tourné dans les collectivités de Colombie-Britannique prouvent qu’il n’est pas payant de jouer avec les services de loisirs, comme le montrent des projets entrepris à Cranbrook et à Victoria.

Le Rec Plex (complexe récréatif) en partenariat public-privé de Cranbrook a connu d’innombrables problèmes financiers. Le « partenaire » privé a eu de la difficulté à obtenir du financement, ce qui a entraîné des retards. On avait promis qu’un bail à long terme ne nuirait pas au pouvoir d’emprunt de la ville. La promesse n’a pas été tenue. Les contribuables ont dû assumer le coût des dépassements de budget et la société originale est passée sous le contrôle d’une grande entreprise américaine.

En 1999, un référendum organisé sur la question a divisé la collectivité, car des résidentes et résidents qui appuyaient l’agrandissement des installations de loisirs avaient des doutes sur le partenariat public-privé. Le projet de 3P l’a emporté par une étroite marge et la ville a signé le contrat avec le groupe KeenRose Technology, même s’il était clair que le projet pouvait être financé plus économiquement par l’intermédiaire de la Régie des finances municipales de la province.

Le contrat de conception, de construction, de financement et d’exploitation du complexe ne répartissait pas les risques également; en effet, KeenRose était responsable pour le déficit à la limite annuelle de 142 000 $ seulement, alors que la responsabilité de la ville était illimitée.

L’obtention des 22,2 millions de dollars s’est avérée difficile et a entraîné un retard de trois mois. Finalement, deux sociétés ont séparé le prêt accordé à KeenRose et la construction a commencé en octobre 1999. L’année suivante, avant même l’ouverture du complexe, KeenRose a été acheté par la firme américaine Cinergy Corporation. Cinergy a ensuite créé une nouvelle filiale, Vestar, pour gérer le complexe récréatif, qui a ouvert ses portes à l’automne 2000.

Le printemps suivant, d’autres problèmes surgissaient. Le maire de Cranbrook, Ross Priest, annonçait une augmentation de taxes de 10,87 pour cent et blâmait une bonne partie de cette augmentation sur le nouveau complexe, dont les coûts de construction avaient débordé de 500 000 $. Un peu plus tard, le vérificateur de la ville annonçait que le pouvoir d’emprunt de Cranbrook avait considérablement diminué : il avait inclus le bail de 22 millions de dollars du complexe récréatif dans les états financiers de la ville.

Mais surtout, le complexe ne répond pas aux besoins de la collectivité. « Le projet actuel est bien loin de ce que souhaitait la collectivité, selon Keith Nielson, président de la section locale 2090 du SCFP, qui représente les travailleuses et travailleurs des loisirs de la ville. Le hockey est très populaire à Cranbrook. Au début, il était question d’avoir plus de patinoires et un endroit où les jeunes pourraient se réunir. » En fin de compte, une seule grande patinoire a été ajoutée, plutôt que deux petites, et les frais ont augmenté. Les équipes de hockey mineur doivent toujours se rendre dans une collectivité voisine pour jouer. « Cela coûte moins cher et les horaires sont plus souples », dit Nielson.

Dans sa soumission originale, KeenRose avait considérablement sous-estimé de nombreux coûts, dont ceux de l’entretien. « Ces coûts n’étaient pas réalistes, mais ils ont fait bonne figure pendant le référendum », selon Nielson. Maintenant, le complexe n’a pas suffisamment de personnel pour assurer la propreté des lieux.

Et pour empirer encore les problèmes, les recettes anticipées de concerts et d’événements spéciaux ont été de loin inférieures au budget prévu. Compte tenu des difficultés survenues jusqu’à maintenant, « les gens se demandent combien cela [leur] coûtera vraiment au cours des 28 prochaines années », dit Nielson.

L’entente relative à l’aréna de Victoria est un « vrai vol »

À Victoria, un contrat de 30 millions de dollars pour concevoir, construire et exploiter un nouvel aréna apporte aussi son lot de problèmes. La ville paie un promoteur pour construire l’édifice, puis le remet à ce promoteur pour une période de 30 ans; la ville se retrouve avec la dette pendant que le promoteur exploite les installations, sans avoir à verser de loyer.

La ville a signé une entente de 3P avec RG Properties Ltd. L’analyse du SCFP a révélé que RG Properties est une petite société cotée en cents et endettée qui transige depuis cinq ans sans jamais avoir fait de profit. Sa structure bancale s’appuie lourdement sur des sous-traitants et des filiales pour l’ensemble de ses activités.

À partir du choix du partenaire, les problèmes n’ont pas cessé. Même si la ville a permis de maintenir le coût d’emprunt à un niveau raisonnable en ayant recours à la Régie des finances municipales, le prix final dépasse largement les 30 millions de dollars prévus au départ et n’offre que peu de recours en cas de défaut de paiement. La ville ne peut mettre fin au contrat qu’en donnant un avis de 12 mois, et le pouvoir d’un arbitre pour obliger RG à faire ses paiements est limité.

Des conditions financières clés, comme l’assurance-responsabilité de RG, ne sont pas indexées à l’inflation et perdent donc de la valeur et du pouvoir pendant la durée de l’entente. D’importantes dispositions relatives à la responsabilité de l’entente sont ambiguës, et d’autres sections accordent à RG la balance des pouvoirs, ce qui expose la ville à des risques majeurs.

L’accès communautaire est limité, le public n’obtenant que la moitié des heures de non-affluence et seulement 34 pour cent du temps de glace prioritaire. RG peut, unilatéralement, réaménager l’horaire d’utilisation communautaire. L’analyse du SCFP conclut que l’entente signée avec RG est un « vrai vol ».

Un référendum tenu dernièrement dans la collectivité a donné le feu vert au projet, mais cet accord est plus révélateur de l’intense volonté de la population d’avoir un nouvel aréna que de son soutien aux 3P. La ville n’ayant présenté aucune autre option, les citoyennes et citoyens ont pris ce qu’ils ont pu.

Mais l’entente ne sera pas définitive tant que Victoria n’aura pas obtenu une franchise de la ligue de hockey de l’ouest et il est déjà arrivé à RG Properties de perdre des contrats. Il y a deux ans, une entente relative à un centre de loisirs en 3P à Chilliwack lui a glissé entre les doigts à la dernière minute. La ville avait projeté un 3P pour la conception, la construction et l’exploitation des installations et avait signé une entente préliminaire avec RG en 1999.

Mais l’année suivante, la ville annonçait qu’elle mettait fin à sa relation avec RG Properties, après avoir reçu les résultats d’une analyse du projet effectuée par une firme de comptabilité. Une copie très modifiée de l’analyse, obtenue grâce à loi sur l’accès à l’information, donne une idée de son contenu. La firme de comptabilité, BDO Dunwoody, soutenait que malgré un certain avantage financier, la ville perdrait le contrôle de ses immobilisations et devrait renoncer à son pouvoir décisionnel. Selon le comptable, ces avantages intangibles l’emportaient facilement sur les économies immédiates que permettrait de réaliser un 3P.

Malheureusement, la ville de Chilliwack n’a pas tenu compte de cette bonne première analyse. Elle a décidé de construire les installations elle-même, puis en a accordé la gestion en sous-traitance à Leisure Aquatics. La société gère un complexe de piscine à Surrey où elle a fait grimper les frais dès son arrivée.

Le président et chef de la direction de RG Properties, Graham Lee, a déclaré aux médias qu’il ne voulait rien savoir d’un syndicat, ce qui a sans doute contribué à rehausser l’image de l’entreprise dans le milieu des 3P. Le Conseil canadien des sociétés publiques-privées a en effet décerné à RG une médaille d’or dans le domaine des infrastructures pour son projet Skyreach Place, à Kelowna.