Une pilule amère : le charcutage de l’assurance-médicaments nuit à la santé
le 26 mai 2002 8 h 00En décembre 2001, certains détails ont été dévoilés sur les compressions imposées par le gouvernement Campbell au programme provincial de médicaments d’ordonnance. Le charcutage du programme d’assurance-médicaments entraîne une augmentation des frais pour les personnes âgées de médicaments d’ordonnance et, une hausse de la franchise pour les familles des travailleuses et travailleurs; presque chaque résidente et résident de la Colombie-Britannique doit maintenant payer plus cher ses médicaments d’ordonnance.
Les personnes âgées à faible revenu devront débourser 10 $ par ordonnance (au lieu de payer seulement les honoraires du pharmacien) jusqu’à une limite annuelle inchangée de 200 $. Les autres personnes âgées paieront 25 $ par ordonnance et leur maximum passera de 75 $ à 275 $. La franchise imposée à la plupart des personnes de moins de 65 ans et leur famille passera de 800 $ à 1 000 $. Les personnes à faible revenu et leur famille verront leur plafond passer de 600 $ à 800 $.
Les augmentations de coût effacent tout avantage que de nombreux ménages à faible et à moyen revenu auraient pu retirer des problématiques baisses d’impôts du gouvernement Campbell et s’ajouteront aux attaques lancées contre d’autres programmes pour payer ces réductions d’impôts. Entretemps, les baisses d’impôts profiteront quand même aux 10 pour cent de personnes les plus privilégiées, à mesure que les impôts progressifs seront remplacés par des impôts régressifs, incluant une hausse des primes d’assurance médicale.
La réaction de la collectivité est venue rapidement et de tous les secteurs — ce qui montre le large éventail de résidentes et résidents en Colombie-Britannique qui comptent sur ce programme public efficace. « Pour les personnes qui vivent avec le VIH et le SIDA, les médicaments d’ordonnance sont littéralement une question de vie ou de mort », dit Glen Hillson, président de la Société des personnes vivant avec le SIDA en Colombie-Britannique.
Il dit que les personnes qui vivent avec le VIH et le SIDA comptent sur les médicaments d’ordonnance pour prolonger leur vie et améliorer leur santé parce qu’ils leur permettent de ralentir la progression de la maladie et de lutter contre les infections et autres effets secondaires de la maladie. Une proportion élevée de personnes vivant avec le VIH et le SIDA ont un revenu faible. « Toute augmentation des frais d’utilisateur ou des frais au point d’achat et toute réduction de la couverture auront d’immenses répercussions », dit-il.
Le gouvernement ne règle pas le problème de l’augmentation du coût des médicaments. « Il ne fait que transférer ce coût aux individus », selon Lorna Gunn, directrice du Conseil des organisations de personnes âgées de la Colombie-Britannique (COSCO). Les gens devront faire des choix impossibles entre leurs médicaments d’ordonnance et la nourriture ou le logement. « Une personne âgée seule recevant le supplément de revenu garanti peut compter sur moins de 1000 $ par mois. Ces personnes n’ont pas de place dans leur budget pour de nouveaux frais. »
En même temps, le gouvernement Campbell a mis fin à la couverture des services de physiothérapie, de podiatrie, de naturopathie, de chiropratique et de massothérapie pour de nombreuses personnes. Les personnes à faible revenu n’obtiendront qu’une couverture extrêmement limitée et toute approche holistique de la santé deviendra un privilège réservé aux riches — malgré les avantages certains d’une médecine préventive plus efficace et moins coûteuse.
Des études montrent que les réductions imposées à l’assurance-médicaments transféreront les coûts à celles et ceux qui peuvent le moins les absorber, en plus d’augmenter le coût global des services de santé.
Si les personnes à revenu moyen et faible doivent payer leurs médicaments de leur poche, certaines s’en passeront tout simplement. En bout de ligne, les compressions coûteront plus cher au système de soins de santé, dépassant de loin les coûts de l’assurance-médicaments, et les gens aboutiront dans les salles d’urgence ou seront hospitalisés.
« Si vous n’aidez pas les gens à se maintenir en santé, ils auront besoin de plus de soins beaucoup plus rapidement », dit Hillson.
« Lorsque le Québec a instauré un ticket modérateur, l’utilisation des médicaments d’ordonnance a diminué et les visites chez le médecin et dans les salles d’urgence ont augmenté radicalement. Le lien est aussi évident que cela », selon Gunn. Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association confirme les conséquences de cette mesure pour les personnes âgées et les personnes vivant d’aide sociale.
Le gouvernement menace également d’instaurer un système d’examen des ressources pour les personnes âgées et handicapées, les obligeant à prouver qu’elles sont « assez pauvres » pour profiter de cette couverture. Un document budgétaire qui a fait l’objet de fuites avance que 400 000 personnes âgées — environ 78 pour cent des personnes âgées de la Colombie-Britannique —paieront 395 millions de dollars de plus. Selon la chercheure du CCPA Sylvia Fuller, « l’exclusion de plus des trois quarts des personnes âgées signifie que la limite fixée dans le cadre de l’examen des ressources devra être extrêmement basse ». Deux tiers des personnes âgées ont des revenus imposables de moins de 25 000 $. L’administration d’un système aussi général pour trouver un si petit nombre de personnes âgées coûtera plus cher qu’il ne générera d’économies.
Les compressions ont déjà eu un effet dévastateur pour les personnes âgées. En avril, le gérant d’une pharmacie London Drugs a déclaré au quotidien le Vancouver Sun que les achats de médicaments d’ordonnance par les personnes âgées avaient diminué de 38 pour cent en Colombie-Britannique depuis les compressions. Le gérant estime à 700 000 le nombre d’ordonnances qui n’ont pas été remplies au cours des trois premiers mois de 2002.
Un programme de solutions de rechange
COSCO et d’autres groupes qui appuient l’assurance-médicaments ont un programme clair pour améliorer le régime public sans en diminuer la couverture. Ils blâment en partie l’augmentation des coûts sur une protection des brevets pharmaceutiques de 20 ans,
ainsi que sur des ordonnances excessives et sur une publicité effectuée directement auprès des consommateurs et axée sur les médecins, une pratique qui commence à se répandre un peu partout au Canada. Il existe des solutions publiques claires dans chaque cas, notamment le resserrement de la réglementation et de la surveillance provinciales et fédérales.
L’un des éléments importants de toute solution est l’élargissement du système d’établissement du coût en fonction du produit de référence en vigueur dans la province. Cette politique contrôle le coût des médicaments en exigeant le recours à des médicaments génériques ou à prix abordable qui sont aussi efficaces que leurs équivalents brevetés. Mais elle ne s’applique pas encore à tous les médicaments. Le programme est dans la mire de la révision du gouvernement Campbell, même si celui-ci a reconnu qu’il permettait d’économiser.
COSCO suggère entre autres de regarder au-delà du traitement fondé sur les médicaments. « Si quelqu’un souffre d’hypertension modérée, au lieu de lui prescrire automatiquement des médicaments, il serait peut-être préférable d’essayer d’abord une approche de prévention basée sur des exercices physiques et un régime alimentaire approprié », dit Gunn.
Selon Gunn, ces suggestions et d’autres sont écartées en faveur d’une « diabolisation » de l’assurance-médicaments — sans autre examen des causes ou des bienfaits. « Ils répètent sans cesse que cela coûte trop cher. Mais pour nous, l’argument ne tient pas la route. »
En fait, le programme d’assurance-médicaments de la Colombie-Britannique est un modèle pour les autres provinces. Selon des données de l’Institut canadien d’information sur la santé, la province consacre moins d’argent par personne aux médicaments (public et privé ensemble) que toute autre province. L’une des raisons de ce coût peu élevé est le fort pourcentage de dépenses en médicaments payées par le gouvernement, grâce à l’achat en vrac. La Colombie-Britannique a réussi à maintenir ses coûts annuels par personne au niveau le plus bas du pays, même si c’est dans cette province que se retrouve le pourcentage le plus élevé de résidentes et résidents de plus de 65 ans. La Colombie-Britannique consacre également aux médicaments une moins grande partie de son budget total en santé que toute autre province.
«L’assurance-médicaments est plus que viable aujourd’hui. Ce serait un mensonge que de prétendre le contraire. Nous devons nous efforcer d’augmenter cette accessibilité au lieu d’essayer d’exclure les gens », dit Hillson.

